Critiques de films

[Critique] En solitaire- Christophe Offenstein- Critique du film

Yann Kermadec voit son rêve se réaliser quand il remplace au pied levé, son ami Franck Drevil, au départ du Vendée Globe, le tour du monde à la voile en solitaire. Habité par une farouche volonté de gagner, alors qu’il est en pleine course, la découverte à son bord d’un jeune passager va tout remettre en cause.

Les marins sont une espèce d’homme dont les motivations à constamment se mettre en danger me laissent pour le moins perplexe. Ce n’est d’ailleurs pas le film « En solitaire » qui va me réconcilier avec eux, car aussi bien dans ses forces que dans ses faiblesses le film de Christophe Offenstein me conforte dans l’idée qu’un monde me sépare de ces hommes et qu’entre nous se dresse le mur de la raison. Bâti autour de l’incroyable épreuve que représente ce tour du monde en solitaire, le film développe un milieu hostile propice à dresser devant nos yeux un numéro d’acteur assez bon. C’est ce qui se passe avec François Cluzet « quasi seul » à la barre de ce navire accusant les coups du sort. Loin de tenter le film introspectif et solitaire (malgré le titre…) Christophe Offenstein parsème son film de seconds rôles plus ou moins vitaux et parfois moins. Victime de choix pour cette catégorie, Virginie Effira, écope d’un rôle au final négligeable. Chose dommage, car malgré ce que l’on pense, la dame est loin d’être mauvaise. Mais dans l’écosystème de ce monde maritime, la vraie femme se fait souvent supplanter par la maitresse qu’est la mer. Et c’est le cas ici, elle finit par n’être celle qui regarde son mari s’éclater dans les bras d’une autre et le voir revenir comblé en attendant la prochaine escapade.

La mer élément centrale du film, vole un peu la vedette à tous les autres acteurs. Mise en avant via un brio technique certain, cette dernière sonne comme l’adversaire parfait de François Cluzet dans le film. La technique appuyant encore et toujours le côté anecdotique de l’être humain quand il est perdu au creux de cette dernière. Mais à force de tout miser sur elle, le film perd quelque peu de vue le reste de ce qui aurait pu lui donner plus d’intensité. Les personnages principaux et secondaires donnent assez vite l’impression de tourner à vide. On suit l’histoire sans le moindre déplaisir, mais sur le long terme, le plaisir n’est pas non plus forcément du voyage. On a cette impression tenace d’être le passager « spectateur » d’un reportage certes impressionnant de par les moyens mise en œuvre, mais d’un film au demeurant assez classique. Le duo improbable entre Cluzet et son passager involontaire emmène aussi le film vers une dramaturgie plus classique allant à l’encontre du type du film. Bancal dirons certains, le film ne sait pas forcément sur quel pied danser en termes d’enjeux et offre du grand spectacle par intermittence perdu sur une mer de claccissisme. C’est assez particulier de voir qu’au final malgré certaines faiblesses l’équilibre continue d’exister, mais il s’en faut à chaque fois de peu pour que le navire se retourne.

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Francois Cluzet en bon artisan capable de miracles incroyables est la raison pour laquelle on ne décroche pas. Fidèle à sa légende, il offre une nouvelle fois une performance habitée et entrainante. On se laisse aller à la peur et l’émotion au détour de certaines des situations dans lesquelles il se trouve, mais c’est souvent aussitôt pour se rendre compte en comparaison, les tracas des autres personnages sont un peu fades. Magnifique sur la forme, mais un peu léger sur le fond, le film ne réussit pas à être uniquement sauvé par Cluzet. C’est bien dommage tant on aurait voulu que l’expérience se clôture autrement que sur ce sentiment bizarre d’entre-deux. Impossible de véritablement détester le film, mais pas non plus d’être emballé à 200%. En allant dans la direction opposée de ce que « vend » son titre, le film n’évite pas certains clichés et se prend un peu les pieds dans une certaine forme de facilité. Cela n’est pas désagréable, mais pas forcément mémorable non plus. Dommage.

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