Critiques de films

[Critique] Du vent dans mes mollets – Carine Tardieu -Critique du film

Prise en sandwich entre des parents qui la gavent d’amour et de boulettes, Rachel, 9 ans, compte les minutes qui la séparent de la liberté. Jusqu’au jour où son chemin croise celui de l’intrépide Valérie.

Parfois en allant voir un film en aveugles sur les conseils d’un ami, on met l’intégralité de ses doutes de côté. On se pose, on regarde, on attend et on déguste. Quand on en vient aux films avec des enfants et de surcroît français, on dira que les dernières productions en date ont eu tendance à me laisser froid au dernier degré. Je sais, j’ai des idées préconçues…c’est mal. Mais parfois aussi, il y a des petits miracles qui se produisent et d’un coup d’un seul on se retrouve devant un petit Ovni privilégiant l’overdose de cœur à l’abus de clichés dont les comédies françaises abusent parfois un peu trop violement. Il y a une expression américaine dans le milieu du cinéma pour décrire « Du vent dans mes mollets », c’est une coming of Age story ainsi qu’une romance pas comme les autres…pour certains personnages. La grosse force du film au-delà de sa réalisation, de son ton, de ses acteurs, c’est de réussir à mélanger tous ces styles sans que l’ensemble ne prenne l’eau. Comment est-ce, que la réalisatrice et sa scénariste aussi à l’origine du livre font-elles ? Je ne sais pas, certains diront le talent ainsi qu’un peu de folie. Moi je dis qu’il reste sûrement d’autres éléments que l’on ne connaît pas dans l’équation. C’est tant mieux d’ailleurs. Gardons le mystère, cela donnera du grain à moudre pour le prochain film et le challenge de résoudre cette équation.

Raphaële Moussafir et Carine Tardieu voilà deux noms à retenir, car l’association des deux est tout simplement bénéfique pour n’importe quelle personne désireuse d’agrandir son capital émotion. Inspiré en grande partie du passé de Raphaële Moussafir ce qui rend l’histoire aussi « organique » en fait, ce film réussit très vite à créer au travers de l’histoire de ces deux petites filles et surtout de leurs parents…un lien assez fort avec le public. Il est assez difficile de maintenir une balance correcte entre des personnages d’enfants et des adultes sans se prendre les pieds dans le tapis. Pire encore quand d’une certaine façon les deux sont interdépendants et au même niveau d’action sur l’échelle narrative. Le film est un voyage vers l’âge adulte pour les deux petites filles héroïnes de l’histoire et d’une certaine façon un retour vers la légèreté de l’enfance pour des adultes qui se sont eux perdus en route avec le temps. Denis Podalydes et Agnes Jaoui livre ici une performance aussi poétique que touchante. La vraie grosse force du film tient dans la façon de Carine Tardieu de mettre en situation et en images ses personnages. Douée d’une poésie et d’une empathie saupoudrée d’humour, elle réussit à aborder des aspects graves de la vie de « ses créatures » et à rendre l’ensemble « humain ». Le mot est dit et paraît bien souvent désuet, mais c’est une sorte d’eldorado émotif et narratif qu’il devient de plus en plus difficile d’atteindre. De l’histoire et la réalisation naît le surplus d’émotion. Mais sans des acteurs pour la mettre en image, une scénariste pour la structurer et un œil global pour rendre l’ensemble magique, cela ne serait rien. Fort heureusement, ce n’est pas le cas. Du vent dans mes mollets est tout sauf « rien », c’est un ensemble solide au contraire !

Loin de se perdre bêtement dans le pathos ou le drama facile, le film de Carine Tardieu prend son temps pour s’attarder sur les petites choses et émotions du quotidien avant de les retourner et pervertir la perception que les enfants peuvent en avoir. Perdu dans leur monde les deux héroïnes manquent parfois de recul pour s’ouvrir aux adultes qui gravitent autour d’eux. Le film tourne au final, et ce, de façon assez simple au final a tous ses non-dits parfois idiots entre une mère et sa fille. C’est universel et tout le monde s’y retrouve. En tant qu’adulte le film offre un double degré de lectures rendant l’ensemble encore plus savoureux, on perçoit le malaise, absence de courage pour dire des choses simples qui s’établissent des deux côtés. Des faiblesses faisant aussi bien souffrir les enfants dans le sentiment de ne pas être aimé que les adultes (parents) de s’accomplir dans une vie et histoire d’amour qui semble les avoirs laisser sur le bord de la route. C’est justement dans ce cheminement lent, mais constant que le film développe tout son arsenal d’humour et d’émotions pour s’assurer que la route se déroule sans encombre et force est de constater que c’est le cas. Définitivement et complètement.

Magistralement porté par deux gamines débutantes qui apportent au film une véritable énergie incroyable ainsi que par un trio d’acteurs : Isabelle Carré, Denis Podalydès et la touchante Agnes Jaoui, le film de Carine Tardieu réussit à sortir de l’ombre de la comédie que l’on n’attendait pas pour marcher fièrement au soleil. Touchant, drôle et parfois grave, du vent dans mes mollets touche à tout sans jamais en faire trop. C’est juste et réaliste dans la mise en avant de ces petites choses faisant notre enfance et notre présent d’adultes. Une véritable petite réussite dans son genre. Belle surprise.

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