Critiques de films

[Critique] Dirty Wars- Rick Rowley- Critique du film

Une plongée au coeur de la couverture journalistique américaine des conflits armés.

Dirty Wars de Rick Rowley est un documentaire dont on ne ressort pas forcément indemne en terme de certitudes sur le monde qui nous entoure. Là où la saison 2 de The Newsroom jouait la même carte en mettant en place les exactions de l’armée américaine et les bavures que le gouvernement a mises au placard loin des yeux médiatiques, le documentaire prend le même chemin…sauf qu’ici, il ne s’agit plus de fiction, mais de la vérité la plus basique et froide. Le 11 septembre est l’élément déclencheur dans lequel le film prend sa source et la fin de l’enquête de Jeremy Scahill fait peur pour la simple et bonne raison qu’elle montre à quel point les États-Unis sous couvert de protections de son peuple sont au final devenus un monstre encore plus terrifiant que ceux qu’ils voulaient combattre. Dirty Wars est un complément assez important à un film comme « Zero Dark Thirty », car là où ce film s’attachait à l’humain et aux actions sur le long terme, le film de Rick Rowley va encore plus loin et s’enfonce dans les zones d’ombres au-delà de la ligne de flottaison de notre regard. Celle que l’on a tendance à ignorer volontairement ou non et ou bien souvent se cache la vraie source d’un contre-pouvoir inquiétant.

dirty wars affiche du film

La véritable force d’un documentaire est de savoir ébranler certaines de nos convictions en nous ouvrant les yeux sur ce que l’on ne voit pas. Les choses tellement en évidence que pour x ou y raisons, on finit par zapper. Passivité accidentelle ou volontaire, il est parfois terrifiant quand on se pose un instant de regarder les ramifications du 11 septembre sur nos vies, mais surtout celle des Américains et la perception que l’on peut au final avoir de ce pays. En étant attaqué en plein cœur, le retour dans la lumière du pays amène avec elle une nébuleuse pour le moins « sale », celle des passes droits. De l’argent facile qui engraisse certaines multinationales de la sécurité et des débordements qui vont avec. Mais le plus inquiétant est que justement ces débordements sont couverts et acceptés pleinement par le gouvernement. En reprenant point par point une enquête autour d’une bavure commise par des forces spéciales, le journaliste Jeremy Scahill en allant directement sur le terrain donne une nouvelle lumière à ces événements que l’on ne verra quasiment jamais. De bête blessée, les États-Unis ont engendré de leurs entrailles quelque chose de presque plus terrifiant que ce qui a causé en premier lieu sa chute. Plus de limites géographiques, une application préventive de la « peine de mort » et ce sans le moindre état d’âme. La protection des Américains empiète sur la vie d’autrui. C’est le constat qui s’empare de nous quand on regarde cette enquête. L’armée américaine, pieuvre tentaculaire livre ici un visage beaucoup plus sombre que prévue et chose encore plus inquiétante, cela montre l’importance effarante qu’elle prend dans les arcanes du pouvoir…loin des regards.

L’autre point passionnant est de prendre ce documentaire comme un complément d’informations parfait de « Zero Dark Thirty », en approfondissant tout ce qui se cache autour de ces fameux soldats d’élite, des dirigeants qui les chapeautent et de la liberté d’action dont ils jouissent sur le terrain, on prend conscience que la guerre préventive qui se passe en dehors du regard des caméras est une des guerres froides les plus fascinantes qui soit. Jeremy Scahill pourra être vu comme beaucoup de choses, un non-patriote, un paranoïaque, un égocentrique se mettant beaucoup trop en avant, mais tout comme un Michael Moore dans des combats plus sociaux, il joue un véritable rôle de courroie de transmission d’informations. Il juge sans fermer la porte au public pour se faire son avis. Il donne les cartes justement à ce dernier pour voir la direction que le fameux pays a prise depuis quelques années en termes sécuritaires et les impacts que cela peut avoir à l’échelle mondiale. Aussi bien sur le terrain que dans les coulisses du pouvoir. C’est une analyse aussi effrayante sur le fond que passionnante sur la forme. À découvrir.

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