Critiques de films

[Critique] Detention – Joseph Khan- Critique du film

Décrire Détention n’est pas simple, mais si je voulais lui rendre hommage de façon réaliste, je dirais qu’il s’agit d’une version « Mindfuck de Retour vers le futur, ou le passé, ou le zoo je n’en sais plus rien ». Detention c’est un trip surfant sur les souvenirs de années 90 que des vieux trentenaires comme moi peuvent encore avoir. Dieu sait que l’époque n’a pas été simple pour tout le monde et Joseph Khan se fait un malin plaisir de jouer avec les codes de la comédie, la SF et même juste la parodie pour bien le rappeler. Le pire dans tout cela est que même si le film n’est pas forcément aussi fou que l’on me l’avait vendu, l’ensemble fonctionne diablement bien. En grande partie grâce au regard plein de seconds degrés face à une génération qu’il a lui-même « lobotomisé » volontairement via ses dizaines de clips tous plus mémorables les uns que les autres. Version hardcore de Scott Pilgrim, ce Detention est un exercice tellement vertigineux dans le n’importe quoi volontaire que certains se retrouveront en bord de routes. Les autres quant à eux risquent d’avoir droit à un voyage des plus chaotique, mais c’est ce qui rend l’ensemble encore justement pus jouissif.

La volonté de Joseph Khan au-delà de parler à une génération en lui offrant un miroir pas forcément si déformant que cela en laissera plus d’un perplexe. Oui Detention en soi est un monstrueux bordel qui parfois à force de courir dans tous les sens perd un peu de souffle et traîne la patte. Mais là ou beaucoup de films ne survivraient pas à cela, Detention s’en tire à merveille. Comment fait-il ?La réponse est simple et presque conceptuelle…il se transmute en méta film. Oui le terme veut absolument tout et rien dire et je sais que certains vont penser que je ne l’emploie que pour faire le critique qui se la raconte…Pas mon genre m’enfin…Non-idioties mise à part, j’entends par là que le film en reprenant tous les codes en vigueur des années 90 voir aussi bien dans l’esprit cinéma que juste adolescents au lycée dans une série US, la mise en abime est d’une profondeur assez vertigineuse. Dopé par sa carrière de clipeurs et le parcours assez fou qu’il a eus dans ce domaine, Joseph Khan nourrit son film d’une énergie dépassant clairement le stade de la folie jusqu’à se transformer en quelque chose d’autre. Un « truc » aussi déstabilisant qu’un ours qui voyagerait dans le temps…Oh wait !

Si je voulais décrire Detention de façon conventionnelle, je pense que cela se solderait par un échec cuisant, car au final ce film est ovni. Ou juste une inception cinématographique pour être plus précis. Un remake sous acides de Retour vers le futur aux pays des ados les plus superficiels qui soit, le tout insérant dans votre tête que oui cette petite voix qui hurle derrière votre cerveau le fait bien pour insinuer qu’elle ne comprend plus rien ( c’est un peu l’un des défauts de la fin…) Mais justement et c’est là que le film emporte sa plus grosse victoire, cela fonctionne. Pour bien parodier un genre, voire plusieurs, il faut l’apprécier. Pour bien parler à une tranche d’âge, il faut la comprendre et tirer les bonnes ficelles pour actionner le contentement de la masse. En temps que clippeur ayant fait la lobotomie frontale d’une génération entière via les clips de Britney Spears, Joseph Khan en connaît un rayon. Chose qui au final sert le film et lui donne un second degré de lecture tout comme un côté assez tendre parfois. En effet là où beaucoup serait tombé dans la critique facile et assez peu solide, Khan amène un regard analytique pas con, beaucoup de reculs sur lui-même et un amour du genre ainsi que d’une époque rendant le film hautement sympathique en bout de course.

Quand je pense qu’aujourd’hui pour les studios la vision du film pour ados est Projet X, je trouve au final salutaire que des ovnis comme Superbad et Detention existent dans le domaine de la comédie Trash. Les deux sont profondément différents, mais dressent un portrait assez bien écrit et pensé d’une période de vie ou d’une époque avec tout ce qu’elle traîne dans son sillage. Certes Detention n’est pas exempt de défauts, surtout dans le dernier acte. Mais l’énergie folle habitant le film du début à la fin finit de faire oublier ses quelques faiblesses. Un énorme et complètement jouissif Ovni à voir entre potes. C’est la meilleure des configurations pour bien profiter de son What The Fuck Effect !

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