Critiques de films

[Critique] Detachment- Adrian Brody – Critique du film

Detachment rentre dans la catégorie des films coup-de-poing. Ceux qui restent en travers de la gorge et vous laissent bien souvent en miettes à la fin de la séance. On pourra par moments lui reprocher certaines facilités ou moments d’errances dans le pathos, mais se focaliser uniquement sur ces rares défauts serait nier tout le reste. Et là on frôlerait tout bonnement la faute de goût en le faisant. Portrait sans concessions d’un système éducatif à la dérive, le film offre une seconde couche de lectures assez brillantes en alternant avec brio les points de vues. Tout n’est pas blanc, ni noir. Les dégâts et le mal-être se ressentent des deux côtés. Tout est dans le titre, les personnages en présence fuient l’existence qui est la leur. Ils se détachent de plus en plus et dérivent sans buts. Du moins jusqu’à ce que parfois au milieu de la brume un petit miracle se produise. Rencontre entre deux personnages que tout oppose, l’ado prostitué et le prof portant son mal-être de ville en ville. On peut être en passe de craindre le pire en voyant la rencontre se profiler et puis c’est au final l’effet inverse qui se produit. Adrian brody en particulier magnifie chacune des scènes où il apparait. Cela devient rare les moments où réalisateur/scénariste et acteurs sont synchro et agissant dans le seul et unique but de transmettre une émotion commune. Detachment réussit ce tour de force.

Au final, tout n’est que question d’émotions. Difficile de parler correctement du mal-être humain d’adolescents et d’hommes et de femmes s’occupant de les guider vers la vie adulte sans trébucher parfois. Le film le fait bien parfois, c’est un fait, mais pas suffisamment pour que l’on néglige le reste. Le scénario est la 1ere clé de la réussite de ce film. Épuré, allant droit à l’essentiel la plupart du temps, il laisse un boulevard à ses acteurs pour mettre en place une véritable densité autour des personnages qu’ils habitent. Adrian brody que l’on n’avait pas vu aussi bon depuis longtemps livre ici une performance brillante, voir même tout simplement bouleversante. Les problématiques gravitant autour de son personnage se répercutent sur celle des spectateurs qui le regardent. Peur de s’ouvrir aux autres, lassitude face aux trains trains de notre existence si mécanique. Cynisme, instabilité psychologique. La liste est longue. Le film effleure certaines de ses névroses et s’enfonce pleinement dans d’autres pendant que Brody tout comme un acteur alchimiste prend le temps de sélectionner ses ingrédients avec parcimonie. La mise en place de son personnage et le succès de son interprétation reposent autant sur le script que son génie d’interprétation. Véritable caméléon, il s’enfonce dans les fissures de son personnage jusqu’à le rendre tellement crédible que cela en devient dérangeant.

Le mal-être des autres personnages aussi bien adultes qu’adolescents est crédible et poignant. Certes le sujet d’étude se place dans les rouages du système scolaire américain, mais même si le châssis est différent, le coeur de la bête reste le même. Les doutes et craintes face à l’intégration, la reconnaissance que ressentent les adolescents dans ce milieu aussi carnassier et destructeur qu’est le système scolaire. Tout est là et s’emboîte de façon homogène. Le tout cheminant vers un final aussi désabusé en partie que lumineux sur d’autres. On finit la séance hagard, regardant le générique défiler sans rien dire. On regarde les quelques personnes qui se lèvent en vitesse pour disparaître vite. Le tout par ennuis ou bien pour cacher la petite larme qui coule le long du visage? On ne saura jamais vraiment. Est-ce bien utile d’ailleurs. Detachment est un film juste magnifique et qui donne envie de se dire qu’effectivement le beau cinéma aussi bien « militant » que narrativement puissant n’est pas mort. Dieu que c’est bon !

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