Critiques de films

[Critique] Des saumons dans le désert- Lasse Hallström- Critique du film

Lorsqu’un richissime cheikh du Yémen se met en tête d’introduire des saumons dans les rivières de son pays, tout le monde pense qu’il s’agit d’une pure folie. Pourtant, entre volontés politiques et coups du destin, une jeune chargée d’affaires, Harriet, et un scientifique, Fred, vont se retrouver obligés de concrétiser ce rêve insensé. Même si le projet est un vrai casse-tête, l’aventure tombe plutôt bien pour Fred et Harriet, dont la vie privée n’est pas au beau fixe… À travers les voyages, les rencontres et les innombrables péripéties que ce programme surréaliste occasionne, tous deux vont découvrir l’existence sous un jour différent. La pêche miraculeuse du cheikh va-t-elle servir d’appât à l’amour ?

L’humour anglais consiste à savoir sans cesse mélanger les styles. Partir d’un point de départ classique et dévier progressivement vers autre chose. Chez eux la comédie romantique se teinte la plupart du temps d’un réalisme doux amer qui lui donne une sensation très différente. C’est le cas ici avec ce film qui au-delà de son histoire un peu tirée par les cheveux déploie très vite des trésors d’ingéniosité pour rendre agréable et touchante la naissante love story entre ces deux personnages qu’au début tout oppose. Lasse Hallström n’est pas connu pour être le réalisateur le plus fin qui soit dans le domaine des sentiments, la plupart de ses derniers films avaient un défaut : celui d’avoir la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Chocolat en particulier était très lourd dans le domaine. C’est donc avec une certaine méfiance que je partais donc à la découverte de ces saumons dans le désert. Inquiétude qui s’effaça au final très vite pour laisser place à une très agréable surprise.

La base des comédies romantiques quoiqu’on en dise reste le couple qu’elle dépeint. Ce sont bien souvent des semi-clichés types, mis en avant dans des situations que l’on connaît du début à la fin, mais cela ne nous gêne pas forcément. Pour la raison évidente que l’on sait ce que l’on vient voir en découvrant ce genre de films. Le film de Lasse Hallström ne déroge pas forcément aux règles établies par des dizaines d’autres comédies romantiques faites avant lui, mais étonne quand même par l’apparente simplicité et délicatesse qui émane de sa construction. Un ensemble qui permet a Emily Blunt et Ewan McGreggor de s’en donner à cœur joie dans une love story naissante dont la structure et le style rappellent fortement les très vieilles comédies romantiques d’antan. Je parle d’un temps ou Cukor et d’autres écrivaient justement les grandes lignes de ce genre du côté d’Hollywood. Qu’est-ce qui m’amène à justement parler de cette époque ? Sûrement la douceur qui se dégage de l’ensemble. Réaliste et touchant ce couple réussi à créer un lien avec le public dans chacune de ses faiblesses. Au final assez peu drôle ou du moins faisant preuve d’un humour à plusieurs degrés de lecture, le film de Lasse Hallström joue en dehors des sentiers battus de la concurrence. Dans ce domaine en particulier l’empathie doit être aussi forte pour le personnage masculin que féminin. C’est un tout qui emporte le trophée de fin de parcours. Si l’un traîne la patte, c’est l’ensemble de la structure qui s’écroule. Fort heureusement, ce n’est pas le cas ici.

Est-ce que le classicisme du film dans sa forme narrative et le passif de son réalisateur dans le domaine joueront en sa défaveur dans l’œil du public ? C’est une possibilité et pas la moins probable. Mais s’arrêter sur ces préjugés ‘que j’avais aussi au démarrage du film…) serait passé à côté d’une fable humaniste aussi simple qu’agréable et c’est parfois ce qui manque à ce genre de films : de l’authenticité ; doté d’un casting parfait et d’un Ewann McGreggor diaboliquement bon dans le rôle du fonctionnaire anglais avec balai dans le cul intégré et d’une Emily Blunt aussi fragile que sexy, le film ne pouvait pas s’écrouler en route. Là où Lasse Hallström mettait en scène des films semblant durer le double de leur vraie longueur, il réalise avec ces Saumons dans le désert, un petit délice dont le compteur kilométrique n’affichera pas trop voir aucune lourdeur dans votre estomac en fin de course. Un petit miracle, certes pas le film de l’année, mais définitivement beaucoup plus sympathique et agréable que je ne le pensais.

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