Critiques de films

[Critique] The Croods- Chris Sanders- Critique du film

Lorsque la caverne où ils vivent depuis toujours est détruite et leur univers familier réduit en miettes, les Croods se retrouvent obligés d’entreprendre leur premier grand voyage en famille. Entre conflits générationnels et bouleversements sismiques, ils vont découvrir un nouveau monde fascinant, rempli de créatures fantastiques, et un futur au-delà de tout ce qu’ils avaient imaginé. Les Croods prennent rapidement conscience que s’ils n’évoluent pas… ils appartiendront à l’Histoire.

Difficile de nos jours de mettre en boite des films pour la famille qui mélange cette façon si particulière de parler aux enfants et aux adultes à la fois. Le challenge est à priori basique et pourtant plus d’une fois bon nombre de réalisateurs se sont cassé les dents sur ce dernier. Chris Sanders ne fait pas partie du lot. « The Croods » n’est pas un bon film, c’est un Ovni dans son genre titillant la réussite éclatante avec une vigueur frôlant l’attentat à la pudeur. Il y a plus d’idées et de moments de bravoures incroyables et de mise en scène hallucinante en 90 minutes que dans beaucoup de films durant deux heures. Les croods surprennent à plus d’un titre, son design en premier lieu. Visiblement mal foutu, mais dont l’apparente rugosité s’estompe très vite pour laisser place a ce qui l’entoure. Le film est au-delà du splendide, de par son univers, mais surtout de par le bestiaire qu’il met en avant sous nos yeux n’en demandant pas tant. Réinventant la préhistoire avec une folie assez communicative, les deux réalisateurs tout comme le directeur artistique du film développe un pétage de plomb impressionnant qui une fois le sentiment de surprise derrière soi laisse exploser toute sa splendeur. En mettre plein la vue est la première étape de séduction du film et pas la moins réussie d’ailleurs. La seconde est celle qui consiste à finir de clouer le spectateur à son siège en déployant sa deuxième arme de destruction massive : le scénario. Une arme de combat dont les deux extrémités se nomment humour et émotion.

The-Croods-Chris-Sanders

Voilà définitivement les deux plus gros attraits de ce film. Jouant la corde de l’humour conventionnel jusque dans sa dernière limite « The Croods » la fait vaciller sans cesse d’une zone à l’autre, jouant avec l’absurde, le non-sens et la comédie pure grand public, l’ensemble ressemble à un 4×4 conduit par un pilote totalement fou. Mais de cette folie communicative, car bien dosé, nait une empathie permettant de s’accrocher à cette famille pas comme les autres. Le design particulier des personnages, balayant en partie les codes graphiques et attentes du public déstabilise en premier lieu, sans pour autant mettre totalement à la rue. Pourquoi ? Peut-être grâce à la finesse de second degré de lecture qui se met en place dans le film. Équilibrée par l’humour, les plages de développements narratifs des personnages cachent plus d’une zone d’émotion qui ne demande qu’à vous cueillir et la chose se produit à plus d’une reprise. Ne cherchant pas à révolutionner la roue ni forcément à marcher dans le sens du vent « The Croods » devient de plus en plus imprévisible malgré tout au fur et à mesure que les bobines se succèdent. On devine le cheminement, mais le moindre des tracas s’apprêtant à tomber sur le coin de tête de cette famille pas comme les autres, prend un certain temps à se dessiner. C’est de cette incertitude que naissent l’addiction et le plaisir plus que certain que l’on prend à se laisser emporter dans l’aventure avec eux.

Mélangeant les codes de l’animation classique et ceux d’une fantaisie plus galopante, The Croods n’oublie jamais de donner à manger à notre imagination. Ce au détail de la moindre image. De la fin d’un monde que l’on ne verra jamais et la disparition d’un bestiaire fantastique migrant vers une autre vie…la version sous acide de l’histoire de l’humanité compacté à l’étage des Croods flatte l’œil et l’esprit. Mettant en place un message d’unité face à l’adversité ni manichéen ou trop couillon, le film réussit à tenir la route sur tous les flancs quand on en vient à l’analyse. Il est possible de faire du divertissement avec un sens sans jamais pour autant oublier de le noyer dans le non-sens. C’est paradoxal, gentiment absurde, salement touchant, d’une beauté étourdissante et pire que tout à crever de rire. Il serait dommage de s’en prouver.

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