Critiques de films

[Critique] Cloud Atlas- Critique du film

À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié.

L’erreur de base de l’apprenti critique serait d’essayer de rentrer dans les entrailles de Cloud Atlas pour une analyse en profondeur dès la première vision. Pourquoi ? Peut-être pour la raison au final assez simple qu’il risque de s’y casser les dents. Bon vous allez me dire dans ce cas, arrête ton papier immédiatement ! J’aime les situations casse-gueule en fait. Cloud Atlas comme beaucoup le savent est précédé d’une réputation aussi flatteuse d’un côté que calamiteuse de l’autre. Le juste milieu est difficile à trouver. Ce point de jonction assez agréable qui permet d’apprécier le film aussi bien pour ses défauts que pour la somme des choix de narrations et réalisations assez intéressants qu’il prend en cours de route pour donner vie à son histoire. Le souvenir de la saga Matrix et de sa vision très fumeuse de la religion étant encore frais dans ma mémoire, c’était en trainant les pieds que je prenais la direction de ce film. Parfois, les idées que l’on se fait avant de connaître sont du genre tenace et pour Cloud Atlas autant le dire, je partais avec un certain handicap…qui ne résista pas vraiment longtemps à l’expérience que représente le film. Que ce soit en terme de narration, de réalisation ou juste sur le fond qui a ma grande simplicité évite de se perdre trop en route dans des délires guignolesques, l’œuvre des 3 visionnaires derrière « Cloud Atlas » au cinéma étonne par sa fluidité et surtout par sa cohérence d’une époque à l’autre. C’est d’ailleurs là que réside l’un des tours de force les plus incroyables qui soit.

Sautant sans cesse d’une époque à l’autre sans visiblement la moindre connexion logique, l’histoire a vite fait de se montrer imbitable. Le cerveau se rebelle, on se pose la question de savoir où cela va. On ne voit pas, on se dit que l’on perd son temps et puis d’un coup sans que l’on comprenne pourquoi on décide de baisser la garde et l’on remet en perspective le puzzle qui se dresse devant nos yeux. On fait à la fois tout et rien dans le domaine du fantastique ou de la sf en disant que tout est lié. Cela ouvre la porte à la fumisterie de la pire espèce comme au très bonne surprise. Cloud Atlas rentre dans la seconde catégorie en déployant de façon aussi insensée que raisonné en bout de course des personnages que l’on pense au demeurant incompatibles, différents et qui pourtant découlent tous de la même ligne narrative ou du moins luttent pour la même chose. Maestria visuelle au service d’une histoire moins complexe que je ne le pensais ( une fois que l’on passe au-delà de la construction volontairement chaotique…) Cloud Atlas développe sous nos yeux un univers aussi lyrique que romanesque dont le but est de faire vivre une aventure assez peu commune.

Mélangeant les genres et les influences, les Wachowski rendent pour moi un hommage au cinéma parfois bien plus drôle, beau et touchant que ne le fut l’immonde patchwork de Carax ( Holy Motors) que l’on taxe des mêmes qualificatifs. Délice pour les yeux, l’esprit et le sens, l’univers de Cloud Atlas offre à son trio de réalisateurs le terrain de jeu idéal pour développer une synergie de style totalement complémentaire. Loin de perdre sa puissance imaginative en route, et ce, malgré la durée du métrage, Cloud Atlas étonne à chaque bobine par la variété d’émotions qu’il réussit à faire naître chez le spectateur. De positives à haineuse, le film ne laisse jamais vraiment indifférent. D’une façon ou d’une autre, il caresse du bout des doigts cette petite envie de rêver que l’on garde au fond de nous et qui ne demande qu’à être nourrie d’un film à l’autre. Cloud Atlas n’est ni du caviar pour l’esprit, ni de la junk food…c’est autre chose. Difficile d’en discerner toutes les saveurs, une chose est sure malgré tout et c’est que l’on n’en ressort pas sans l’esprit en fusion. Ambitieux, dantesque, parfois ridicule, le film est un ovni assez déconcertant, mais qui a le mérite d’aller au bout de ses ambitions et de les assumer sans baisser le regard. Une belle expérience de cinéma.

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