Critiques de films

[Critique] Chronicle- Josh Trank- Critique du film

« Chronicle » est un film dont le potentiel était pour le moins bien caché. Difficile de croire dès le début que ce petit film qui a su occuper le terrain sur la longueur et avec intelligence allait se montrer aussi efficace. Pourquoi ? Tout simplement pour la simple et bonne raison suivante, il se permet de rajeunir d’une certaine façon Incassable et sa vision déjà excellente des superhéros quasi réalistes.  Je dis bien quasi, car alors qu’une grande partie du film garde les pieds sur Terre, le final décide de montrer que même avec un budget « léger » l’adaptation en live d’un délire à la Akira est loin d’être impossible. Ce Chronicle réussit donc à prendre l’intégralité des codes relatifs à la naissance d’un héros ou d’un super vilain et les mixer dans un film de teenager qui au-delà de son apparence première réussit assez vite à surprendre. Aussi bien sa dramaturgie aussi simple qu’efficace, mais surtout pour les promesses qu’il montre via le travail de son jeune réalisateur qui se voit du fait du succès du film promis à un avenir des plus sympathiques si le destin ne lui fait pas un coup tordu en route.

Chronicle est un peu le reflet d’une génération de paria. J’entends par là qu’il synthétise une tonne de choses propres à cette génération dite Y. L’amour des comics, les personnages dépeints comme évoluant en dehors du système, l’envie d’évasion, le repli sur soi. Je ne dis pas que le film a une profondeur dramatique le rangeant dans l’ombre d’un Shakespeare, mais d’une certaine façon on retrouve une sorte d’efficacité et soin du détail qu’un Joe Michael Straczynski dans la saga Rising Stars n’aurait pas renié. Le film me fait penser d’ailleurs à plus d’un titre à une sorte de série dérivé de la saga. Tout comme l’ombre planante d’Incassable se fait sentir. Longtemps les amateurs de comics, lecteurs ou créateurs ont été pris pour des adolescents sans cervelles, adulant ou créant des histoires qui n’avaient pas vraiment lieu d’être. On dénigre sur le coup, puis avec le temps et le succès croissant depuis des années on se met à regarder la chose d’un autre œil. C’est alors que le coup derrière la nuque résonne dans la nuit. De la construction narrative jusqu’au thème qu’ils abordent, l’univers des comics a su digérer les règles de la dramaturgie dites classiques pour la recréer au travers d’un univers neuf et plus parlant pour ce nouveau public.

Chronicle mêle donc toute une avalanche de références et codes d’une culture pouvant sembler abstraite. Le tout sans jamais se prendre les pieds dans le tapis. Véritable point de départ d’une possible saga, le film prend le temps de construire la psychologie des personnages en parallèle de l’évolution des pouvoirs. Comme bien souvent dans ce genre d’histoire ce n’est pas forcément le héros (qui n’est pas celui que l’on croit…) qui est le plus intéressant, mais bel et bien le méchant. Le réalisateur prend le temps de faire évoluer le personnage et au travers de lui de mettre en place une tonne de bonnes idées de réalisations. Au-delà de la bonne tenue de route du scénario, c’est surtout l’inventivité et l’amour d’un cinéma dit de genre qui transpire de chacun des plans du film. Le film a l’intelligence et le fond d’un Incassable ainsi que la folie furieuse d’un Akira. Le projet avait beau être jugé comme impossible à mettre en image, au travers d’un final dantesque le réalisateur prouve que rien ne l’est si l’on prend le temps de bâtir son univers tout en respectant les codes qui l’animent.

Relecture du mythe du super héros débutant, Chronicle emprunte une route moins lisse que celle d’un Spiderman propre sur lui face à la découverte de ses nouveaux pouvoirs. Pourtant tout comme ce dernier le film n’oublie pas de mettre en action l’adage du « Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités » et ce avec les conséquences que cela implique et l’effondrement d’une amitié à priori solide. Chronicle sans réinventer la roue ni être le meilleur film de super héros jamais fait apporte un véritable vent de fraîcheur dans le domaine et signe définitivement et de la plus brillante façon qui soit l’entrée sur le devant de la scène de Josh Trank. Un jeune réalisateur aussi intelligent que malin qui devrait s’il ne se fait pas bouffer par le système d’ici là, réussir à faire parler de lui. Un film à voir en tout cas !

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2 Comments

  • Reply
    Zetura
    août 6, 2013 at 3:40

    Le film m’a directement rappelé le film d’animation The Prodigies (adaptation du roman « La nuit des enfants rois ». J’ai d’ailleurs plutôt préféré ce dernier à Chronicle.

    • Reply
      admin
      août 6, 2013 at 4:28

      @zetura: j’aime bcples deux, mais chronicle de par son approche plus réaliste me plait toujours autant. Prodigies est plus dark et graphique, ce qui du coup enlève cette notion de réalisme dans le traitement. Mais en bout de course j’aime les deux dc cela n’est pas bien grave :p

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