Critiques de films

[Critique] Broken City- Allen Hughues- Critique du film

Engagé par le maire pour enquêter sur la possible infidélité de sa femme, un ex-flic devenu détective se retrouve au cœur d’une vaste machination politique.

Le dernier travail en duo des frères Huges « Le livre d’Eli » avait eu sur le désagréable effet que l’on ressent devant un film avec plus de substance que de fond. Du coup l’idée de voir l’un des deux frères « Allen Hughes »travaillant en solo m’intriguait et dieu sait que ce sentiment avait de véritables raisons d’être tant le film se révèle être une excellente surprise. Thriller politique tout autant que film noir, ce « Broken City » prend son temps pour dresser un constat aussi réaliste que glaçant des coulisses du pouvoir. Guerre silencieuse entre les différentes officines du pouvoir New Yorkais, les hommes de l’ombre de la politique croisent le fer avec ceux de la police. Le tout dans une danse qui n’est pas sans laisser croire que l’ensemble se finira mal et sur ce point en particulier, l’histoire nous donne très vite raison. Allen Hughes réalise très vite qu’au-delà de l’intrigue en elle-même et de son incroyable galerie de personnages, l’héroïne du film est New York. Lieu de pouvoir, de crime et de malversation diverse, il l’utilise avec intelligence pour créer une ambiance certes fine en apparence, mais qui se révèle poisseuse et en constante déliquescence sur la longueur. Broken City de par son cœur assez old school et sa mise en scène mixant intelligemment les vieilles influences tout comme les nouvelles réussit l’exploit de ne pas exploser en plein vol. Loin de là même.

Reposant sur la descente en enfer du personnage de Mark Walbergh et son apparente remontée en grâce, le film prend un malin plaisir à calmement mettre en place l’affrontement entre lui et Russell Crowe. Loin d’en faire des caisses d’un côté comme de l’autre, les deux acteurs s’avèrent bien souvent sur le fil du rasoir en résulte une magistrale scène de fin aussi minimaliste que diablement réussi faisant écho au début du film. L’affrontement se fait souvent par les mots. Terrain de jeu démontrant d’une part la finesse du script et le talent des deux acteurs. Allen Hughes privilégie l’humain et l’importance pour le spectateur de pouvoir discerner les multiples couches que renferment les personnages de son film. Personne n’est ni blanc, ni noir et le monde de la politique fait très vite ressortir ce que l’homme a de pire en lui. Confrontant alors ceux qui résistent où sont pris au piège à faire un choix. Celui de la passivité ou de l’action. Se met alors en place un jeu du chat et de la souris ou bizarrement cette dernière décide de se rebeller. Faire face à un destin que l’on sait pourtant inéluctable. Le réalisateur place presque son héros dans la position d’un personnage digne d’une tragédie. Whalberg qui décidément ces derniers temps s’avèrent être un touche-à-tout de génie, trouve ici un rôle lui allant comme un gant. L’opposition entre lui et Crowe dans deux rôles de « crapules » chacune a une encablure bien distante de la morale donnent au film et à l’affrontement qui est le leur un goût délicieux.

Mais au-delà de tous ces atouts, c’est surtout la mise en scène quasi minimaliste d’Allen Hughes qui mérite les plus grandes félicitations. Là où certains auraient stylisé à outrance, lui il simplifie. Rendre crédible et organique l’univers dans lequel ses héros évoluent est sa priorité. En misant tous ses efforts sur cette partie, il réussit sans le moindre mal à créer un socle stable et voir même un véritable boulevard pour que son casting puisse évoluer sans soucis particuliers. Des premiers aux seconds rôles, le film met en place un thriller malin et surtout diablement pessimiste sur les recoins de l’âme humaine et en particulier celle des hommes politiques. Renouant avec un genre demandant pour être efficace d’avoir autant de formes que de fond, Allen Hughes réussit sans le moindre mal à créer la surprise. Casting de rêve, histoire simple, mais menée de main de maître, écriture évitant les fioritures, difficile de dire le contraire, « Broken City » est une véritable petite réussite dans son genre. Définitivement à voir.

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