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[Critique] Birdman-Alejandro González Iñárritu- Critique du film

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Il y a les films qui vous parlent de cinéma, il y a les making-of qui vous emmènent dans les coulisses puis il y a les autres créations. Celle qui naissent de l’esprit de Alejandro González Iñárritu pour emmener le spectateur dans un docu-fiction sur ce qu’est aujourd’hui Hollywood et la position d’un acteur rêvant d’autre chose en son sein. Tout cela se nomme Birdman d’Alejandro González Iñárritu et l’on peut effectivement dire qu’au-delà d’être brillant sur la forme, c’est aussi sacrément massif sur le fond. Birdman est une lettre d’amour aux acteurs et surtout un écrin offert à Michael Keaton pour renaître de ses cendres. Alejandro González Iñárritu a mis en place avec Birdman un film qui ne pouvait pas être offert aux spectateurs avec un autre acteur que Michael Keaton. À la vue de la résurgence incroyable des films de super héros, Alejandro González Iñárritu s’intéresse à ceux qui ont créer le mythe avant qu’il n’explose dans des proportions incroyables. Et dans l’esprit du spectateur lambda, Michael Keaton et son Batman de Tim Burton résonne comme le jumeau maléfique du Birdman du film de Alejandro González Iñárritu.

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Le film se construit comme un voyage entre la réalité et la fiction de la vie ce fameux Birdman…enfin surtout de son acteur harcelé dans sa conscience par ledit héros. Ce dernier lui collant aux basques et lui pourrissant la tête. Michael Keaton dans son rôle reflète les peurs de beaucoup d’acteurs ayant connu un rôle mythique dont l’ombre envahissante perdure encore aujourd’hui. De Batman a Birdman, il n’y a qu’un pas et ce film apparaît du coup avec Michael Keaton en lead comme quelque chose d’horriblement et tristement plausible. Pas que Keaton soit un fou en off, mais les doutes pouvant ravager/habiter l’esprit de ce genre d’acteurs sonnent vrais. Tout comme le portrait cynique de ce qu’est Hollywood de nos jours, les fans, la presse, les critiques. La mise en abîmes est absolument vertigineuse et Alejandro González Iñárritu ne fait rien pour apaiser le tournis du spectateur, c’est ce qui rend la voltige encore plus délicieuse. Paré d’un casting impressionnant où les premiers rôles ( Michael Keaton et Edward Norton) se livrent une bataille aussi délicieuse que cruelle pour marquer les esprits sur scène, Birdman de Alejandro González Iñárritu n’oublie pas pour autant de valoriser les seconds rôles. On retiendra surtout Zach Galifianakis en avocat et ami dépassé par la descente dans la folie de son client et capable d’en profiter si nécessaire. Tout comme Emma Stone en fille à la dérive qui aurait juste voulu marcher dans l’ombre d’un père normal plutôt que dans la pleine lumière de son absence.

Alejandro González Iñárritu en filmant Birdman sous la forme d’une multitude de plans-séquences s’enchainant de façon fluide et quasi indétectable donne une aura particulière au film. Les ellipses sont légions, mais ne dérange jamais, le point de vue narratif se fondant complètement dans la mise en scène sans jamais créer de sortie de route. La frontière entre réalité et fiction elle aussi est revue sous tous les angles. Le personnage de Michael Keaton ne cesse de passer d’une extrême à l’autre, jonglant entre réel et folie, hallucinations et autres maux du à sa condition et son stress. On le suit de côté, nous sommes le caméraman, le copilote d’une voiture dont on n’a pas le moindre contrôle. Mais dans le fond, cela pousse notre esprit à lui aussi s’abandonner à la vision du monde d’ Alejandro González Iñárritu. C’est déroutant, magistral et véritablement brillant sur le fond comme sur la forme. Et comment ne pas non plus être sous le charme de la véritable résurrection qu’opère Michael Keaton ici. C’est un film de plein pied dans son époque et marquant espérons le le début d’une nouvelle pour son acteur principal qui y est tout simplement grandiose. Tout simplement superbe.

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