Critiques de films

[Critique] Before Midnight- Richard Linklater- Critique du film

Une île grecque, une villa magnifique, en plein mois d’août. Céline, son mari Jesse et leurs deux filles passent leurs vacances chez des amis. On se promène, on partage des repas arrosés, on refait le monde. La veille du retour à Paris, surprise : les amis offrent au couple une nuit dans un hôtel de charme, sans les enfants. Les conditions sont idylliques mais les vieilles rancoeurs remontent à la surface et la soirée en amoureux tourne vite au règlement de comptes. Céline et Jesse seront-ils encore ensemble le matin de leur départ ?

De nos jours, s’engager dans le domaine au final assez casse-gueule de la romance au cinéma équivaut à marcher pieds nus sur de la lave en fusion. Tout a déjà été fait et bien souvent la critique des spectateurs est sanglante. Puis dans la foule des créateurs, se trouve des gens un peu fous qui décident de prendre un chemin de traverse pas forcément plus évident, mais qui d’une certaine façon offre un point de vue rafraîchissant et totalement novateur. Suivre la vie d’un couple au fil des années, de la première rencontre jusqu’à la vraie vie de couple. Le tout en gardant les mêmes acteurs, en les voyant vieillir devant nos yeux et affûter cette connivence qui les unit à la fois sur l’écran et en dehors. La saga des « Before » de Richard Linklater dans le paysage de la romance fait en quelque sorte office d’Ovni. Pourquoi? Peut-être, car c’est un des rares à mettre en scène de façon réaliste l’amour avec un grand A. Before Midnight au-delà de conclure la saga de façon magistrale est un des rares films sur le sujet de la vie de couple a le faire de façon aussi réaliste drôle, touchante et tout simplement humaine. La liste des superlatifs pourrait être longue et pourtant même avec le temps je continue de me demander si ces derniers pourraient rendre justice à cette oeuvre ( je parle des 3 films) tant elle est un pari aussi fou que magistral dans sa mise en scène et ici sa conclusion.

Renvoyer le spectateur vers ses propres doutes, tirer une corde sensible dans son vécu, le faire tiquer sur une situation ou un enchaînement de dialogues…autant de petits déclencheurs qui indiquent que le film que vous êtes en train de regarder rentre dans un territoire particulier. Cette zone ni blanche, ni sombre ni vraiment grise où vous vous retrouvez aussi bien dans un personnage que dans l’autre. Que ce soit pour ses qualités ou bien ses défauts, on aime à s’identifier dans ses nouveaux personnages qui envahissent l’écran devant nos yeux. Before Midnight que l’on prenne le film comme un one shot ou la conclusion de la saga se pare d’une aura particulière. Verbeux en diable sans jamais devenir insupportable, le film a quelque chose de théâtral dans sa mise en place. Peu de séquences, beaucoup de temps fixe et une utilisation de l’espace donnant énormément de place aux acteurs pour exister et nous faire vivre un quotidien parfois pas si éloigné du nôtre. Que se passe-t-il après des années de mariages, comment se fortifie le couple quand on a la désagréable impression de s’être tout dit et comment survivre aux petits mensonges qui vont de pair avec la vie a deux sur le long termes. Rochard Linklater secondé par Julie Delpy et Ethan Hawke à l’écriture réussit à mettre en place une histoire où la ligne entre fiction et réalité danse dangereusement sur l’universel.

La connexion entre les deux acteurs et la véracité des sentiments qu’elle apporte donne à ce dernier volet de la saga une texture toute particulière. Emprunt d’une mélancolie qu’on dira romanesque, le film ne cherche à aucun moment à donner forcément en profondeur le beau rôle à ce mari et sa femme. Ils sont aussi exaspérants que touchant dans la façon très chaotique qu’ils ont de se dire un mot au final simple « je t’aime ». Est-ce qu’après tant d’années ce dernier a toujours la même saveur ? Pas certain, il évolue, il se perd parfois en route, mais la beauté de la chose est que si l’on reste capable de lui prêter l’attention qu’il mérite, il est toujours possible de le rattraper en route, et ce, quelque soit l’endroit où il s’est perdu. C’est un peu l’histoire de ce film. Celle d’un couple qui après tant d’années réalise qu’ils n’ont plus qu’une peur : celle de s’être perdu en route et de ne plus avoir la force de continuer. Before Midnight repose sur cette crainte si commune à l’être humain et y amène une analyse et une réponse loin des canons habituels. C’est cynique, réaliste, juste beau et sans surplus de mélos. En bout de course c’est la force de ce film avoir su allier la finesse d’un texte et d’échanges le rapprochant du théâtre à la simplicité de la mise en scène de Richard Linklater pour arriver a un résultat pour le moins  éclatant. Cela à la couleur d’une comédie romantique, pas forcément le fond au sens cliché du terme et quand on arrive à la fin du voyage on réalise qu’au-delà de tout ce qui se fait à Hollywood, Richard Linklater signe ici la conclusion d’une des plus belles romances « hollywoodiennes » de ces dernières années. Touchant.

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