Critiques de films

[Critique] Assault on Wall Street- Uwe Boll- Critique du film

Uwe Boll est un réalisateur que l’on aime détester et que d’un autre côté, on imagine être en attente d’une reconnaissance du public voir des gens de sa profession. Ses adaptations de jeux vidéos n’ont pas fait grand-chose pour accroître sa crédibilité dans le petit monde du cinéma et voici qu’avec « Assault on Wall Street », il prend le risque de tenter quelque chose…à savoir faire un film. Un de ceux où il prend le temps d’installer une situation, des personnages, un semblant de propos et de presque faire croire aux spectateurs malgré les signes avant coureur que cette fois-ci, il a réussi à défier la malédiction pesant sur ses épaules. Du moins tout cela jusqu’à ce que le dernier acte arrive et que le film prenne un tournant nanardesque presque coutumier pour du Uwe Boll, mais dans le fond profondément malsain et surtout débile de par la façon assez manichéenne de jouer sur un fait de société et un état d’esprit sous-jacent chez bon nombre d’Américains. La caricature est une arme dans les mains de celui qui sait s’en servir. Dans les mains du profane, elle est un objet de ridicule massif qui ne s’encombre pas de savoir d’où vient sa prochaine victime. Un point commun avec le héros et sa mentalité de serial killer du peuple dans ce final assez gerbant de bêtise de par ce qu’il véhicule. C’est du coup ici que le film bascule du statut de passable a totalement irritant en un clin d’œil.

Qu’un réalisateur se serve de la problématique des banques et des dégâts causés par ces dernières dans le tissu humain de l’Amérique de la Middle Class est une bonne chose, c’est un sujet en or pour un drama. La position du trader ennemi parfait de l’humanité et ce quelque soit le continent ne me dérange pas le moins du monde pourvu que le réalisateur et le scénariste ayant recourt a ce gimmick le fasse intelligemment et ne se fasse pas dévorer de l’intérieur par le sujet qu’ils abordent. « Assault on Wall Street » sans avoir la moindre once d’originalité dans sa structure narrative n’est pas forcément mauvais, c’est au final surtout sur la longueur que la chose s’écroule pour montrer que loin des autres réalisateurs qui avant lui ont su manier l’ultra violence pour servir un propos et faire réfléchir, Uwe Boll n’a jamais eu véritablement ce talent. Son film est un appel aux meurtres de banquier, trader, le tout mis en évidence sous un flot de paroles pour le moins caduque démontrant la volonté du monsieur de donner du sens. C’est ce qui énerve d’autant plus que pour une fois, il passe presque à côté de la chance de faire quelque chose de bien. Dans le cas présent, peu de chances lui étaient offertes, le second degré absolu ou le premier en noyant ce dernier dans une dose de sérieux réfléchi. Ne tournons pas autour du pot, Boll a la différence de son nom en manque terriblement. Narrativement parlant, il se prend les pieds dans le tapis en établissant un tissu social très cliché pour que l’on s’attache à son personnage principal. Le trauma entre en scène et devient l’élément déclencheur de la spirale en enfer du héros. Le hic est dès que ce moment arrive, le spectateur et son intérêt on déjà pour la plupart mis la clé sous la porte devant l’imbécillité de la chose.

On pourrait presque créditer Boll du bénéfice du doute, celui d’avoir voulu pour une fois faire quelque chose de différent et tenter d’emmener son cinéma vers du social. Mais le réalisateur de Postal, House of the Dead et d’autres navets olympiques, n’est pas Lumet ou j’en passe. L’écriture est au mieux médiocre et les clichés flamboyants, la caractérisation du héros et ses traumas (déclencheurs) en est l’exemple. Ce n’est pas le regard bovin de Dominic Purcell qui d’apparition en apparition semble avoir encore plus de muscles qui change la donne. Le spectateur à son égard aura le sentiment d’avoir été manipulé et amené à cautionner une certaine forme de déviance bizarre. Se réclamant être la main armée du peuple, ce justicier qui ne fait qu’ici que porter le message d’un scénariste/réalisateur peu conscient de ce qu’il véhicule devient une véritable tromperie sur la marchandise. Les bribes de compréhensions voir même de sympathie que l’on pouvait avoir pour le personnage et son parcours s’effondrent dans un final où l’ultra violence tente d’être justifié par un propos final complètement gerbeux où Boll montre que cet homme a fait ce que tous les petits porteurs mis à la rue par ces « enculés » de banquiers auraient eu le désir de faire. Sur le fond et comme instrument narratif, l’idée se défend, c’est dans la finition que la chose dérange.

Car en perdant de vue la voie de la raison et en tuant sans le moindre discernement comme dans une séquence digne d’un jeu vidéo, Boll rend les motivations de son personnage caduques, il n’est plus rien qu’un tueur comme tant d’autres se cachant derrière des motivations que lui seul croit juste pour donner sens à ses actes. On ne peut qu’être consterné devant la chose et surtout devant le ratage en terme de réalisation arrivant en fin de parcours. Assault on Wall Street est médiocre pendant les 2/3 de son métrage ( ce qui pour Boll est un grand pas en avant) et totalement aberrant dans son dernier tiers ( comme si l’autre Uwe Boll avait repris le contrôle du navire…). Je n’ai rien contre l’utilisation de l’ultra violence au cinéma du moment qu’elle sert un propos et une réflexion. Encore faut-il que la personne ayant recours à ce gimmick, fasse l’effort de structurer son mode de pensée et la façon dont il fait passer son message au public. Dans ce domaine, Boll se montre malheureusement incapable de dépasser le stade du cliché. Son film se prend très au sérieux, là où un minimum de recul dans la mise en scène et le propos aurait été salvateur. Au final, la seule chose qui reste est une certaine forme de malaise devant la découverte de ce film bêtement réactionnaire. Puant…

1 Comment

  • Reply
    Polemarck
    novembre 15, 2013 at 4:22

    Une critique dont je ne partage bizarrement aucun points, là où vous voyez du  » cliché  » et de la violence bète et injustifiée, je vois le cheminement d’un homme qui faisant preuve de patiente face à des banquiers avides et insouscients, va à terme se rendre compte que qu’il n’a plus rien à perdre, et va tenter le tout pour le tout et faire payer ceux qui lui ont voler sa vie ce qui justifie la scène finale ( un rappel : économies perdues, placements perdues, perte du travail, perte dd maison et sa femme qui se suicide ), je crois que des scénarios comme cela pourrait facilement arriver en réalité, c’est l’histoire d’un homme banal, qui travaille dûr et qui se fait entubé par des manipulateurs, c’est la représentation de l’expression  » oeil pour oeil, dent pour dent « , il n’y a peut-être qu’un point que je trouve ridicule, c’est l’idée de héros appliqué à ce personnage, ça n’est pas un héros mais simplement un ancien militaire qui sait se servir d’une arme et qui ne va pas s’en priver, de plus l’élément déclencheur est parfaitement justifié, SA FEMME SE SUICIDE.

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