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[Critique] Alien: le 8 passager – Ridley Scott- Critique du film

Le vaisseau commercial Nostromo et son équipage, sept hommes et femmes, rentrent sur Terre avec une importante cargaison de minerai. Mais lors d’un arrêt forcé sur une planète déserte, l’officier Kane se fait agresser par une forme de vie inconnue, une arachnide qui étouffe son visage. Après que le docteur de bord lui retire le spécimen, l’équipage retrouve le sourire et dîne ensemble. Jusqu’à ce que Kane, pris de convulsions, voit son abdomen perforé par un corps étranger vivant, qui s’échappe dans les couloirs du vaisseau…

Alien le huitième passager: le début d’une saga mythique. Impossible de passer à côté d’elle quand on aime le cinéma. Ridley Scott avec elle a réussi à écrire un pan entier de l’histoire de la SF et du fantastique. Des années après, son retour sur le devant de la scène n’aura pas laissé insensible non plus, mais comment ne pas continuer année après année de s’émerveiller sur la quasi-perfection de ce film qui au final influença tout une génération. Quand une saga se lance, il est quasi impossible de prévoir ou non l’impact qu’elle aura sur le long terme dans l’esprit des spectateurs, peu avant George Lucas avec Star Wars avait déjà marqué le terrain, mais Scott avec son univers beaucoup plus sombre avançait sur des oeufs. Pire encore en jouant la carte du gore et du huit clos atmosphérique et étouffant, il se tirait littéralement une balle dans le pied en terme de viabilité commerciale. Du moins, c’est ce que l’on aurait pu croire en apparence, car cela aurait abouti à occulter un fait au final simple et pourtant déterminant, la richesse de l’univers, suivi de près par un autre point tout aussi important: le talent de son réalisateur.

Fut une époque à Hollywood où les réalisateurs savaient encore faire rêver avec des budgets qui aujourd’hui semblent dérisoires. Beaucoup de personnalités de la nouvelle scène hollywoodienne ont un défaut de taille, ce sont des techniciens avant d’être des raconteurs d’histoires. Génération de yes man mettant plus ou moins toujours les histoires en boites de la même façon. Ce sont des suiveurs et non des précurseurs. C’est donc ici que se fait toute la différence avec Scott. Fort d’une vision technique aussi bien que narrative, maitrisé du début à la fin et aidé par le talent de HR GIGER, il place ses pions de façons plus que méthodiques. La réussite d’un huit clos tient autant dans sa réalisation que dans l’étude des personnages et la menace qui plane. Instaurer le malaise dans l’esprit du spectateur rend par le passage d’intangible à tangible de ladite menace. Chose que Scott fait en prenant son temps et créant un véritable suspens aussi malsain que sanguinaire dans la façon sans pitié de tuer les membres de l’équipage. J’ai toujours eu une fascination pour ce 1er volet de la saga Alien tout comme pour la Chose de John Carpenter. Les deux films gardent une trame aussi fine que similaire: des inconnus en milieu hostile s’unissant pour survivre face à une menace pouvant se trouver dans n’importe lequel d’entre eux. La tension est à tous les niveaux et Scott se montre digne d’un grand chef cuisinier dans la façon dont il joue de ses ingrédients. Le tout pour en bout de course donner naissance dans le dernier acte à quelque chose d’aussi intense que la 1ere apparition du requin dans Jaws de Spielberg.

Jouer sur la frustration du public, le faire attendre, espérer, le manipuler en lui faisant croire découvrir des choses qui pour l’instant ne sont encore qu’à l’état embryonnaire. Mais surtout ne pas oublier de créer un héros ou héroïne emblématiques portant la saga et dans lequel le public va pouvoir se retrouver. L’alien est indissociable du personnage de Ripley, un fait qui prendra encore plus de sens à partir du 3e et 4 volets. Loin des stéréotypes masculins inhérents au film de genre, Scott donne vie à un nouveau type de personnage qui influencera le cinéma de genre pour les années à venir et encore d’une certaine façon aujourd’hui: il crée la femme guerrière. Prête à prendre les armes pour survivre, elle n’oublie pas pour autant d’être humaine et c’est justement sur l’empathie qui se crée autour d’elle que le film repose. Voir même gagne son assise dramatique.

Savant mélange entre relectures légères ou complètes des codes de la SF, Alien montre que tout comme McTiernan en son temps, Scott fait partie de ces réalisateurs d’un autre calibre. Analyser les fondements de la peur pour mieux la retranscrire demande de comprendre ce qui la provoque chez chaque être humain. La voir venir de ses propres entrailles est une psychose quasi emblématique désormais de la saga. C’est aussi la patte des grands réalisateurs, celle de savoir mettre en place des évènements cinématographiques qui des années encore après restent dans l’inconscient collectif. C’est le cas pour Alien et pas seulement pour quelques scènes, mais surtout pour l’univers qu’il a créé et le sentiment permanent de délicieux malaise qu’il continue de créer. Un classique qui ne vieillit pas, c’est aussi un peu cela le bonheur!

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