Critiques de films

[Critique] 9 mois ferme – Albert Dupontel – Critique du film

Ariane Felder est enceinte ! C’est d’autant plus surprenant que c’est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que d’après les tests de paternité, le père de l’enfant n’est autre que Bob, un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l’attend…

Quand on se lance dans l’univers d’Albert Dupontel, on accepte d’emblée de marcher en territoire inconnu. Ou pour être plus précis en une zone à haute imprévision sismique de catégorie émotive. À la fois féroce, drôle et poétique, Dupontel aime toucher à tout. Loin pourtant d’un côté parfois très « hardcore » de ses précédents films, sa nouvelle création « 9 mois ferme » est d’une poésie touchante et d’un humour assez fin et suffisamment bien mis en scène pour toucher au cœur le spectateur. Dupontel vieillit et évolue avec sa mise en scène et son envie de raconter des histoires. La plume du monsieur tout comme son esprit vagabonde d’un style à l’autre et ce que l’on découvre du coup sur l’écran est pour le moins hétéroclite par moment. Mais c’est justement de ces sentiments divers et variés que naissent une certaine forme de satisfaction, voir de joie toute simple de voir un vrai compteur nous offrir sa dernière création et réussir sur toute la ligne à surprendre agréablement.

Comment une juge d’instruction pas drôle pour deux sous et un tueur « cannibale » peuvent-ils tomber amoureux ? Très simplement en naissant sous la plume et l’esprit déviant d’un grand malade et c’est en partie ce que Dupontel est. La relation qu’il crée entre ces deux personnages est un mille-feuille d’émotions, passant de l’émotion fine à l’humour cartoonesque sans interruption, il fait en sorte de créer un univers à la fois proche du réel et en même temps si loin. Fidèle à son image, il brouille les pistes et à l’élégance de ne jamais tirer la couverture à lui quand Sandrine Kiberlain entre à l’écran face à lui. Contrepoint parfait de la force de la nature scénique qu’est Dupontel, elle le contrecarre avec une fragilité et un humour sans y toucher qui donne sa véritable identité au film. Faire rire avec des punch line est une chose, créer l’humour via des situations où l’émotion se doit de passer par le corps, la gestuelle et le talent d’un acteur est autre chose. Kiberlain et Dupontel aussi improbable que me semblait le duo crée une dynamique assez impressionnante de fluidité. L’histoire qui se crée entre les deux personnages en dit presque un peu beaucoup sur la vision des choses de Dupontel. Romantique en mode guerillos des sentiments, il ne supporte pas de créer une voie non sinueuse pour ses personnages, le bonheur au quotidien se mérite et dans un film de Dupontel, il faut aller le chercher au couteau. Une chose qui sera prise au pied de la lettre par les personnages. Les obligeant à se déplacer.

Acteur et réalisateur, Dupontel ne se ménage pas pour autant dans le film. Cartoonesque et jamais en pannes d’idées pour se mettre en scène de la façon la plus décalée possible, il réussit avec ce nouvel opus à confirmer tout le bien que l’on pouvait penser de lui. Il y a plus de cœur et de fond dans ce film que dans pas mal de comédie essayant vainement d’être du même genre. C’est le mélange entre romance peu commune et décalage de ton totalement assumé qui donne à ce film une aura aussi particulière. S’aventurer dans l’univers de Dupontel demande une certaine forme d’abandon et de confiance à la folie pas toujours communicative du monsieur. Son exubérance si peu commune de nos jours a de quoi déstabiliser, mais l’on se rend compte très vite qu’elle n’est que le reflet de ce que l’on n’est plus à force de trop faire semblant. À l’image du personnage de Sandrine Kiberlain, on apprend ave délectation l’art du lâcher-prise pour se donner au fur et à mesure que l’histoire avance, la chance d’être quelqu’un d’autre. Ce n’est pas simple, ni évident, mais en bout de course, mais c’est la finalité de l’opération qui lui offre toute sa saveur. 9 mois ferme est un ovni porté par un martien, le tout dénote dans la production actuelle, mais c’est justement ce qui rend l’expérience encore meilleure. Une délicieuse surprise.

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