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Crimson Peak- Guillermo Del Toro- Critique du film

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Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : « Prends garde à Crimson Peak ». Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse « imagination », Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

Il est rare que Guillermo Del Toro déçoive. Pour ainsi dire jamais d’ailleurs. L’homme est un geek, un artiste, un génie créatif. La liste des qualificatifs pourrait continuer pendant des heures et elle ne lui rendrait pas encore justice. La filmographie qui est la sienne à vrai dire est la meilleure des lettres de noblesses le concernant. L’homme aime le cinéma, le genre, le fantastique, la peur et tout ce qui se cache dans ses recoins, il aime rêver et nous faire rêver. C’est un magicien de la noirceur et de la fantaisie et sa nouvelle œuvre Crimson Peak condense tout ce qu’il aime pour délivrer une création hors norme. Guillermo Del Toro avait déjà avec Hellboy 2 entre autres pousser les limites de son imagination dans des retranchements peu communs, avec Crimson Peak, il fait l’exploit d’aller encore plus loin. On pensait la chose difficilement concevable et pourtant, il montre à quel point cela peut sembler facile… pour lui. Crimson Peak est en quelque sorte le film ultime de la Hammer. Un mélange incroyable, de romance, de fantastique, de baroque, de gothique et d’amour qui ne se perd jamais en route. Reste cohérent du début à la fin et défie les attentes du spectateur pour lui offrir la plus belle descente en enfer qu’il aura vu depuis longtemps.

Crimson-Peak--Trailer

Crimson Peak a effectivement une seule et unique faiblesse pour moi, c’est un film qui rend hommage à une page lointaine du cinéma. Une époque où le romantisme côtoyait la mort dans une danse aussi enivrante qu’épique. Doté d’un style, d’une ampleur et d’un standing incroyable, Crimson Peak tout comme son réalisateur ne se refuse rien. Splendide, le mot est lâché et il n’est pas volé tant on en prend plein les yeux et ce du début à la fin. Il y a 100 idées par plan. Les détails se succèdent du plus petit au plus massif pour créer la clé de voûte de cette cathédrale de l’horreur qu’est la demeure où se passe l’action de Crimson Peak. Guillermo Del Toro développe son univers dans ce cas précis avec une minutie diabolique pour la simple raison que ce dernier est vital à la compréhension de ces personnages. Ce frère et sa sœur totalement malsains que sont Tom Hiddleston et Jessica Chastain. Le charme de l’un compensant la rugosité et la folie sourde couvant sous les yeux noirs de l’autre. Mais très vite les apparences s’effondrent pour laisser place aux doutes et à la peur. Quand l’amour se meurt, ce qui naît dans l’univers de Guillermo Del Toro n’a rien de sain et pourtant c’est encore à ce niveau que Crimson Peak relève du miracle, le film reste magnifique et baroque jusque dans l’horreur la plus pure. L’innocence de Mia Wasikowska agissant comme le dernier bastion de pureté avant l’océan de noirceur qui tourne autour d’elle.

Mais la chose aussi belle que tragique et en soit horrible est la façon dont Guillermo Del Toro introduit une histoire d’amour sur plusieurs étages dans ce déluge d’horreur. L’amour a-t-il sa place dans ce paysage de mort ? La réponse aussi bizarre qu’elle puisse paraître est oui. Crimson Peak est une romance pas comme les autres. Le genre de celle qui se nourrit de sang pour vivre et avoir de la chair. Que celle-ci soit en putréfaction ou en passe de le devenir d’ailleurs. Tom Hiddleston dévoile du coup ici une facette de sa personnalité flamboyante et tragique à la fois. Incapable tout comme sa sœur d’échapper à l’ombre du passé qui plane sur eux avec cette vieille bâtisse, ils deviennent au fil de l’histoire l’incarnation de deux esprits aussi abject que touchant pour l’un et totalement déstabilisant pour l’autre. Jessica Chastain aussi vénéneuse que folle livre ici une performance partant de la retenue pour évoluer de plus en plus vers une noirceur en parfaite adéquation avec l’ambiance du film et de Crimson Peak tout court. Guillermo Del Toro ne fait pas avec ce film que livrer sa plus belle création, il donne tout simplement vie à son film le plus romanesque et intriguant de par sa narration. Loin de s’enchaîner aux codes et effets de styles très 2015 pour construire son histoire, il s’approprie l’essence voir l’ADN de ces vieux films de la Hammer. Crimson Peak embrasse a 200 % son côté old school et ne le renie jamais. Il n’en a pas honte tout comme Guillermo del Toro qui avec ce film signe une lettre d’amour tonitruante au cinéma de genre d’antan. Celui où la peur avait un sens, où elle avait de la matière et se posait le long de votre échine comme une main glacé.

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Oui l’histoire en elle-même est classique, certes mais pas au point d’être prévisible et de faire décrocher non loin de là. Guillermo del Toro avec Crimson Peak joue avec ses vieux amours, ses peurs et les nôtres pour rendre sexy et magnifique ce qui jusque-là nous terrorisait. C’est atrocement sadique de sa part vu que de cette manière, il pousse le spectateur à continuer de marcher dans les ténèbres espérant du coup voir la lumière au bout du tunnel avant que les ténèbres nous engloutissent. Des ombres à la couleur sang dans le cas des fantômes de Crimson Peak. Œuvre old school et tout simplement magnifique, Crimson Peak démontre encore une fois pour ceux qui en doutaient que dans le domaine de l’horreur avec une âme, Guillermo Del Toro est tout simplement le patron. Servi par un casting hors pair, Crimson Peak s’élève sans le moindre mal au niveau des joyaux de sa filmographie. Chacun dans un style ou une approche différente de la poésie morbide se rattachant a une certaine perte de l’innocence, Guillermo Del Toro continue d’explorer les ténèbres qui nous entourent et putain que c’est somptueux !

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