Critiques de films Films américains

Creative Control, 99 Francs de Beigbeider a New-York…

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New York, futur proche, David, jeune cadre branché, prépare le lancement de lunettes révolutionnaires qui confondent réel et virtuel : la réalité augmentée. Mais lors de la phase test, tout commence à se brouiller entre sa vie publique, privée et imaginaire…

Creative Control n’est pas forcément l’archétype du film qui plaira a tout le monde. A mi chemin entre la comédie mode Woody Allen mixé avec du David Fincher à la réalisation, il faut un petit temps d’adaptation. En effet, le film de Benjamin Dickinson ne cherche pas forcément à plaire d’emblée au plus grand nombre. C’est à la fois sa force et sa faiblesse, mais l’une fois que l’on décide de passer outre ce léger détail, il faut bien reconnaître que Creative Control n’est pas exempt de qualité. Comment définir la chose de façon précise ? Disons que nous sommes en face d’une version américaine de 99 francs. La vie et l’œuvre d’un pubard au bord de la crise de nerfs. Sa vie n’est pas ce qu’il veut, il rêve de se taper la femme de son meilleur ami qui lui-même la trompe avec tout ce qui passe à porté de braguettes et son patron le presse comme un citron pour pondre l’idée de génie qui va rendre leur agence célebre. Et soudain rentre dans l’équation ces lunettes de réalité virtuelle qui en l’espace d’un court instant font voler en éclats les limites de la vie du personnage principale. Réalité et fiction deviennent des frontières explosant en vol pour ne plus former qu’un grand tout. A la fois sexy, drôle, stylisé à l’extrême et très inventif, Creative Control de Benjamin Dickinson rentre dans la case des surprises totalement inattendue.

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Doté d’une mise en scène assez brillante, Creative Control fait vibrer inconsciemment une corde sensible dans l’imaginaire collectif. Celle amenant vers la dérive créative que nous offre les nouvelles technologies. Cette vente d’un rêve en boite, d’une porte ouverte vers le moindre de nos désirs. Tout cela vu par le prisme déformant de la vie de pubards ne pensant qu’à se défoncer et baiser tout ce qui bouge et soudain on voit avec amusement comment la fiction pollue le réel. Le discours du film et le cynisme qui le recouvre n’est pas innocent. Il renvoie très bien à ce qu’est la réalité de marché pour vendre encore et toujours la même soupe aux moutons commerciaux que nous sommes devenues. Le parrallèle du coup entre ce pubard imparfait et le client que nous représentons en bout de chaîne devient de plus en plus fines. Ce qui nous laisse face à une réalité dont Creative Control semble s’amuser tout du long. Celle montrant que d’un côte comme de l’autre de la barrière nos failles sont les mêmes, et qu’a force d’être devenu aussi prévisibles avec le temps, elle cimente encore et toujours notre société de consommation dans un cycle de stagnation perverse. Poussant à nous faire encore vouloir acheter le dernier gadget du moment pour combler un vide de plus en plus flagrant. Sous le rire et le côté stylosé de Creative Control, Benjamin Dickinson finit alors par réveler une analyse glaçante de ce qu’est notre devenir et de comment la société nous voient. Ce n’est pas glorieux au sens large, mais en terme de plaisir cinématographique, difficile de nier que Creative Control est une petite réussite dans son genre.

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