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Colossal de Nacho Vigalondo, l’ovni surprise !

Colossal de Nacho Vigalondo n’est pas un film simple à définir. C’est une expérience assez particulière qui sous couvert d’un film apparemment de monstres, est quelque chose de terriblement humain dans son approche d’un problème que l’on ne voit pas forcément venir dans le récit… le couple et s’extraire d’une relation abusive. Colossal de Nacho Vigalondo n’y va pas par 4 chemins quand il s’agit de jouer sur les genres, le réalisateur mélange tout sans pour autant jamais perdre de vue ce qui fait la force de son récit, son duo d’acteurs Anne Hathaway, Jason Sudeikis. Oscillant entre fantastique et étude psychologiques des profondeurs parfois bien malsaine de l’âme humaine, Nacho Vigalondo balaye les cartes de notre perception. Nous prenant par la main en nous laissant croire au tout début que l’on va rire à ne plus savoir quoi en faire, le tout avant de planter les graines du malaise dans le champ qui se dresse devant nous et c’est alors que la vraie nature du film apparaît. Et d’une certaine manière sa force. Les monstres sont-ils ceux que l’on pense ? Tout est question d’apparence, de perception et d’acceptation de la volonté aussi comique que perverse du réalisateur de raconter son histoire sous un angle inattendu. Colossal de Nacho Vigalondo est-il un film féministe ? A mon petit niveau, je dis oui et la beauté de l’ensemble est de voir comment via le prisme d’un regard masculin le produit final réussit à être aussi solide.

J’ai bien dit le mot féministe en effet pour définir Colossal de Nacho Vigalondo, le film l’est et toute la force de l’ADN, du cœur du récit (sans spoiler…) repose sur cette notion. Au travers du personnage d’Anne Hathaway, Nacho Vigalondo dresse le portrait d’une femme à la dérive et ayant perdu son assurance. Sa confiance en soi et l’envie de se battre pour avancer et reprendre le dessus sur sa condition. Elle stagne, voire même régresse en acceptant de revenir dans sa ville d’enfance pour panser ses blessures après une rupture. Et c’est au travers de ce retour en arrière forcé que le film décolle vers tout autre chose, que ce soit dans l’arrivée du monstre et l’étude minimaliste et de plus en plus malsaine de sa relation avec Jason Sudeikis, Nacho Vigalondo démontre l’impact des relations toxiques. Que ce soit au niveau amical ou amoureux. Dan Stevens que l’on voit décidément partout en ce moment apporte une certaine fraîcheur dans le récit en incarnant ce connard un peu lâche qui tente de récupérer la seule femme sur qui il sait avoir une emprise de par son statut. À la fois drôle de par son naturel et pathétique de par la nature de son rôle, il contrebalance avec la froideur et l’aura malsaine qui va se dresser devant lui en la personne de Jason Sudeikis. Et dès ce moment Colossal prend une allure de ménage à 3 dont on sait que l’issue ne sera pas positive pour les participants au combat en cours. Ce que l’on n’avait pas le moins du monde prévu reste la façon dont Nacho Vigalondo retourne les cartes sur la table pour encore une fois faire repartir le film dans une autre direction.

A la dérive au début du film, Anne Hathaway évolue vers quelque chose de triste, une femme résigné dans une acceptation toxique du contrôle masculin… c’est le point de bascule du récit. La jonction où le fantastique et le dramatique se recroise pour faire exploser au grand jour ce que le réalisateur préparait depuis le début. Le dernier acte avec cette évolution ou révolte du personnage d’Anne Hathaway, ce que l’on ne voyait pas venir est la façon dont Nacho Vigalondo utilise à son avantage tout ce qu’il avait mis sur l’échiquier depuis le début en termes de fantastique pour régler ce drame humain, d’une manière aussi belle sur le fond que drôle et libératoire sur la forme. Comment aborder l’emprise psychologique et toxique de certains hommes sur les femmes dans le couple sans tomber dans une caricature contre productive ? Voilà la question que Nacho Vigalondo a dû se poser en commençant l’écriture de Colossal. On ne peut-être qu’admiratif devant le résultat final. Anne Hathaway et Jason Sudeikis livre ici une performance tout simplement brillante, l’une tout en retenue, l’autre délaissant son univers comique pour s’enfoncer dans quelque chose de bien plus sombre et malsain sur la longueur. Et le plus fabuleux dans l’ensemble reste de voir combien Nacho Vigalondo tout en continuant de naviguer en bordure du système classique persiste à signer des œuvres aussi singulières que furieusement jouissives. Colossal est l’une d’elle et difficile de ne pas être sous le charme de la vision perverse et complètement barré de la guerre des sexes par Nacho Vigalondo.

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