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Cold Skin, la beauté du froid par Xavier Gens…

Au lendemain de la Grande Guerre, un officier météorologique de l’armée est envoyé sur une île isolée en Antarctique, dont le seul habitant est un vieux gardien de phare russe. La nuit venue, ils sont attaqués par des mystérieuses créatures marines.

La chose amusante avec certains réalisateurs est qu’ils prennent un malin plaisir à surprendre à aller là où on ne les attend pas et à nous donner de quoi revoir sous un autre angle ce qu’ils ont fait jusque-là. Dans mon cas, j’avoue, je voyais peut-être à tort l’œuvre de Xavier Gens comme quelque chose ayant une volonté féroce de plonger ses mains dans les entrailles du film de genre jusqu’à en ressortir avec un cœur encore battant baignant dans le sang. Un truc un peu caricatural en somme. J’appuie bien sur ce mot tant une fois que l’on a vu Cold Skin, la donne change. Loin des excès graphiques ou d’une nervosité inhérente aux films de genre un peu hardcore, Xavier Gens s’enfonce ici dans une vision de l’horreur et du fantastique bien plus atmosphérique. L’ambiance est digne de Lovecraft et de ces récits où l’on ne savait jamais vraiment où et quand le mal allait prendre forme et si d’ailleurs il n’était pas déjà tout simplement en nous. Cold Skin est aussi bien un film fantastique au sens lovecraftien du terme qu’un drama et une histoire d’amour un peu contre nature. La somme de ces forces en présence peut paraître contre nature, mais la véritable surprise tient dans la façon dont Xavier Gens réussit à faire que chacune de ces parties se complémente. Et d’une certaine manière son Cold Skin tient beaucoup de l’approche de Guillermo Del Toro avec son Hellboy 2. Le monstre tel que nous le percevons se révélant bien souvent plus complexe et humain qu’on ne le pense et surtout bien plus intéressant.

Et c’est principalement autour de ces monstres habitant l’île et de l’une d’elle en particulier que se structure l’histoire de Cold Skin. Xavier Gens ne cède pas à la maladie actuelle qui consiste à aller vite, tout le temps, à coller de l’action et du surdécoupage en permanence. Non Cold Skin est lent, un peu comme le Wind River de Taylor Sheridan. Les deux réalisateurs ont ce point commun de trouver la zone d’équilibre entre l’attention aux personnages et la nature qui les entoure. Cette dernière étant ici aussi un acteur à part entière. La mise en scène de Xavier Gens dans Cold Skin est assez exemplaire, loin d’avoir j’imagine un budget hollywoodien pour la réalisation de ce film, le rendu n’en souffre pourtant pas une seule seconde. Capable de créer de l’émotion sans pour autant vampiriser l’attention du spectateur sur un money shot pompeux, il crée avec parcimonie un univers inquiétant et surtout crédible. Cold Skin à des airs de porte d’entrée sur la fin du monde, la zone la plus abandonnée qui soit où l’homme se retrouve face à lui-même. Livré à ses propres démons et à la folie qui ne demande qu’à le dévorer. Que sommes-nous au fond sans amour ? Une personne à la dérive qui devient son pire ennemi et c’est au travers de ce point précis que se noue toute la lutte entre les deux personnages principaux masculins du film. Un combat entre les ténèbres et la lumière via Ray Stevenson et David Oakes. Et au milieu de ce match, Xavier Gens place la créature… dernier point de ralliement entre l’humanité et la folie. Contre nature, l’amour que les deux hommes lui portent est aussi beau pour que l’un que répugnant pour l’autre.

Xavier Gens place subtilement ses pions dans son histoire qui d’une minute à l’autre ne cesse de surprendre dans la finesse avec laquelle elle aborde des sujets au combien « touchy ». Rare aussi sont les réalisateurs français qui se mettent en danger. La plupart du temps quand un auteur de la jeune génération se lance dans le film de genre, il le fait sous le prisme du fantastique tendance bourrine ou de l’action rendant hommage aux standards du cinéma HK ou old school. Xavier Gens ici se lance dans une autre direction. Plus proche dans son approche du fantastique d’un cinéma espagnol qui assume pleinement son amour du fantastique et du potentiel humain et effrayant qu’il renferme, il crée avec ce Cold Skin une œuvre singulière. Film d’auteur de genre qui choisit de ne justement jamais s’enfermer dans un seul et unique genre. Passer au-delà des attentes du public, se mettre en danger et se donner cœur et âme dans une histoire et une romance où on ne l’attendait pas. Voici en quelques mots la somme des obstacles qui se dressait devant Xavier Gens. Des obstacles qu’il franchit avec une aisance assez déconcertante, faisant fi d’un budget moindre que les grosses productions et surtout de l’idée préconçue qu’un réalisateur français ne serait pas fait pour un film fantastique old school et loin des standards actuelle. J’entends par là, loin des idioties sans âmes qu’Hollywood peut nous servir dans le genre.

Non, Cold Skin à l’ambition d’un cinéma différent, les moyens qui vont avec et l’énergie aussi bien devant que derrière la caméra que l’on peut trouver absente de grosses productions. Loin de sa zone de confort, Xavier Gens livre avec Cold Skin un film multicouche et qui malgré certaines vagues de violences sèches est d’une humanité aussi froide qu’impactante en bout de course. Une excellente et inattendue surprise.

 

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