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Chien, Samuel Benchetrit oublie de ramasser sa merde…

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Chien, c’est l’archétype du film d’auteur se perdant en route. Un Samuel Benchetrit nihiliste qui se perd dans l’absurde et ne se rend plus compte qu’il ne raconte rien. Triste.

Chien de Samuel Benchetrit est-il un mauvais film ? La réponse n’engage que moi un peu comme chacune des paroles sur ce site… et en ce qui me concerne, la réponse est oui. Pas à cause des acteurs dont je respecte le travail. Plus à cause du film du film qui me provoque pour diverses raisons un rejet viscéral. Chien de Samuel Benchetrit possède d’emblée pour moi un défaut insurmontable, il est l’essence même du film d’auteur faussement spirituel et parfois pompeux. Le genre de ceux qui se perdent dans les méandres de l’absurde pour un effet de style qui n’a au final qu’un but cacher les flottements dans le script. Jouer avec l’absurde au cinéma est une arme à double tranchant et cela peut très vite se retourner contre soit si l’on n’a pas fait l’effort de baliser le terrain de son récit. Et c’est un peu le cas ici. Ce qui du coup est relativement fatal (du moins pour moi) à l’édifice même de cette histoire. De quoi parle Chien de Samuel Benchetrit allez-vous me dire ? Et bien en synthèse de ceci : Jacques Blanchot perd tout : sa femme, son travail, son logement. Il devient peu à peu étranger au monde qui l’entoure, jusqu’à ce que le patron d’une animalerie le recueille. Et si vous pensez que le pitch est des plus obscures, autant être honnête, vous êtes encore loin du compte.

Chien samuel benchetrit

Est-ce que Vincent Macaigne et Bouli Lanners sont excellents dans les rôles que leur offre Samuel Benchetrit ? Le mot est peut-être fort, mais la performance que les deux hommes livrent ne laisse pas indifférente. En bien ou en mal d’ailleurs. Et c’est ici que ce situe tout le nœud du film, vague analyse des dérives humaines de la société et de ce que l’on peut faire pour y retrouver une humanité ou une place, le scénario se perd parfois en route. Chien de Samuel Benchetrit fonctionne bien souvent par instants, comme des dizaines de petites séquences prisent les unes à la suite des autres sans forcément aucun lien tangible ou solide. Le réalisateur empile les moments les plus malsains et génant en espérant créer une histoire. Ou bien provoquer une émotion. La mission est accomplie sur ce front, dans mon cas ce fut le rejet. Prenant sa force dans l’absurde le plus complet, je n’ai jamais réussi à rester investi au sort des personnages. Poussant mon cerveau à fermer de plus en plus de portes entre le récit et moi. L’absurde faisant vite place au répugnant avec une certaine facilité à la dérive malsaine dans les comportements psychologiques. Mais aussi une certaine forme de gratuité dans le rapport de l’homme à l’animal. Ou bien dans l’envie de s’attarder sur des photos de chiens écrasés ou de mise en scène fugace de torture au taser électrique sur des chiens. Des aspects qui dans l’esprit du réalisateur devaient sûrement se justifier face à son histoire, mais dans le fond ne servent à rien. Et c’est bien là que se situe le plus gros souci de Chien de Samuel Benchetrit.

Chien samuel benchetrit

Je comprends son envie de narrer sous un aspect surréaliste, la descente aux enfers d’un homme. L’explosion de son quotidien, de sa vie et sa lutte sans espoirs pour redevenir « intéressant » aux yeux du monde. Mais le fait est que rien ne prend jamais. Vincent Macaigne livre une performance digne d’un Charlot des temps moderne et l’on aimera ou détestera, c’est à voir en fonction des goûts, mais comment peut-on s’emporter sur un film qui ne provoque jamais rien d’autre que du rejet. C’est un choix que Samuel Benchetrit assume du début à la fin. Un peu comme un auteur nihiliste faisant son film à lui dans l’optique de rendre hommage à son histoire. Mais dans le cas présent vu que le film n’est que l’adaptation du roman de Samuel Benchetrit que lui-même adapte au cinéma, la chose ressemble à une auto congratulation. Le genre d’action pour le moins particulière et faisant que l’on ressort de l’expérience en ayant eu l’impression d’être pris au piège d’un voyage avec un homme n’ayant de cesse de se regarder dans le miroir et de vous parler de lui, de sa vision du monde, de ses angoisses en boucle. Avoir un point de vue c’est une chose, le défendre en est encore une autre. Respectable dans les deux cas. Mais quand on fait du cinéma, il faut aussi prendre en compte qu’il y a un élément qui reviendra encore et toujours sur la table. Un élément perturbateur diront certains réalisateurs : le spectateur. Ce troll jamais content et incapable de s’enfoncer dans les méandres du récit que l’on a la gentillesse de lui proposer. Mais comment lui en vouloir quand dans le fond, la seule chose qu’on lui propose tout du long de ce film est de lui fermer toutes les portes au nez. Toutes celle menant vers un minuscule semblant de cinéma, d’émotions. Chien de Samuel Benchetrit est aride, vide de l’intérieur, l’humanité a quitté les lieux depuis longtemps et le réalisateur ne fait rien pour entretenir la flamme de l’espoir d’un potentiel retour. Au contraire, il nous met le nez dans la merde de sa vision du monde et ne tend pas la main pour aider à se relever. On se sent sale, et l’on finit par rejeter trop tard tout comme le personnage de Vincent Macaigne par Bouli Lanners le fait d’avoir été traiter comme de la merde tout du long du film. La seule différence est que dans le cas des deux acteurs, c’était pour de faux et étaient payer pour. Dans le cas du spectateur, c’est pour de vrai et c’est lui qui paye pour se faire mettre plus bas que terre par un réal assez heureux de le faire. Ce n’est pas forcément ma conception du cinéma. Certains y verront de l’art ou de quoi se tirer la nouille en buvant un café en terrasse. Je n’y vois juste qu’un terrible vide artistique, suffisant et inutile. Encore une fois, cela n’engage que moi, mais malheureusement oui, Chien de Samuel Benchetrit est bien un mauvais film.

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