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Cold Skin, la beauté du froid par Xavier Gens…

Au lendemain de la Grande Guerre, un officier météorologique de l’armée est envoyé sur une île isolée en Antarctique, dont le seul habitant est un vieux gardien de phare russe. La nuit venue, ils sont attaqués par des mystérieuses créatures marines.

La chose amusante avec certains réalisateurs est qu’ils prennent un malin plaisir à surprendre à aller là où on ne les attend pas et à nous donner de quoi revoir sous un autre angle ce qu’ils ont fait jusque-là. Dans mon cas, j’avoue, je voyais peut-être à tort l’œuvre de Xavier Gens comme quelque chose ayant une volonté féroce de plonger ses mains dans les entrailles du film de genre jusqu’à en ressortir avec un cœur encore battant baignant dans le sang. Un truc un peu caricatural en somme. J’appuie bien sur ce mot tant une fois que l’on a vu Cold Skin, la donne change. Loin des excès graphiques ou d’une nervosité inhérente aux films de genre un peu hardcore, Xavier Gens s’enfonce ici dans une vision de l’horreur et du fantastique bien plus atmosphérique. L’ambiance est digne de Lovecraft et de ces récits où l’on ne savait jamais vraiment où et quand le mal allait prendre forme et si d’ailleurs il n’était pas déjà tout simplement en nous. Cold Skin est aussi bien un film fantastique au sens lovecraftien du terme qu’un drama et une histoire d’amour un peu contre nature. La somme de ces forces en présence peut paraître contre nature, mais la véritable surprise tient dans la façon dont Xavier Gens réussit à faire que chacune de ces parties se complémente. Et d’une certaine manière son Cold Skin tient beaucoup de l’approche de Guillermo Del Toro avec son Hellboy 2. Le monstre tel que nous le percevons se révélant bien souvent plus complexe et humain qu’on ne le pense et surtout bien plus intéressant.

Et c’est principalement autour de ces monstres habitant l’île et de l’une d’elle en particulier que se structure l’histoire de Cold Skin. Xavier Gens ne cède pas à la maladie actuelle qui consiste à aller vite, tout le temps, à coller de l’action et du surdécoupage en permanence. Non Cold Skin est lent, un peu comme le Wind River de Taylor Sheridan. Les deux réalisateurs ont ce point commun de trouver la zone d’équilibre entre l’attention aux personnages et la nature qui les entoure. Cette dernière étant ici aussi un acteur à part entière. La mise en scène de Xavier Gens dans Cold Skin est assez exemplaire, loin d’avoir j’imagine un budget hollywoodien pour la réalisation de ce film, le rendu n’en souffre pourtant pas une seule seconde. Capable de créer de l’émotion sans pour autant vampiriser l’attention du spectateur sur un money shot pompeux, il crée avec parcimonie un univers inquiétant et surtout crédible. Cold Skin à des airs de porte d’entrée sur la fin du monde, la zone la plus abandonnée qui soit où l’homme se retrouve face à lui-même. Livré à ses propres démons et à la folie qui ne demande qu’à le dévorer. Que sommes-nous au fond sans amour ? Une personne à la dérive qui devient son pire ennemi et c’est au travers de ce point précis que se noue toute la lutte entre les deux personnages principaux masculins du film. Un combat entre les ténèbres et la lumière via Ray Stevenson et David Oakes. Et au milieu de ce match, Xavier Gens place la créature… dernier point de ralliement entre l’humanité et la folie. Contre nature, l’amour que les deux hommes lui portent est aussi beau pour que l’un que répugnant pour l’autre.

Xavier Gens place subtilement ses pions dans son histoire qui d’une minute à l’autre ne cesse de surprendre dans la finesse avec laquelle elle aborde des sujets au combien « touchy ». Rare aussi sont les réalisateurs français qui se mettent en danger. La plupart du temps quand un auteur de la jeune génération se lance dans le film de genre, il le fait sous le prisme du fantastique tendance bourrine ou de l’action rendant hommage aux standards du cinéma HK ou old school. Xavier Gens ici se lance dans une autre direction. Plus proche dans son approche du fantastique d’un cinéma espagnol qui assume pleinement son amour du fantastique et du potentiel humain et effrayant qu’il renferme, il crée avec ce Cold Skin une œuvre singulière. Film d’auteur de genre qui choisit de ne justement jamais s’enfermer dans un seul et unique genre. Passer au-delà des attentes du public, se mettre en danger et se donner cœur et âme dans une histoire et une romance où on ne l’attendait pas. Voici en quelques mots la somme des obstacles qui se dressait devant Xavier Gens. Des obstacles qu’il franchit avec une aisance assez déconcertante, faisant fi d’un budget moindre que les grosses productions et surtout de l’idée préconçue qu’un réalisateur français ne serait pas fait pour un film fantastique old school et loin des standards actuelle. J’entends par là, loin des idioties sans âmes qu’Hollywood peut nous servir dans le genre.

Non, Cold Skin à l’ambition d’un cinéma différent, les moyens qui vont avec et l’énergie aussi bien devant que derrière la caméra que l’on peut trouver absente de grosses productions. Loin de sa zone de confort, Xavier Gens livre avec Cold Skin un film multicouche et qui malgré certaines vagues de violences sèches est d’une humanité aussi froide qu’impactante en bout de course. Une excellente et inattendue surprise.

 

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Ni Juge Ni Soumise, l’équipe de Strip Tease se reforme…

La juge Anne Gruwez tente d’élucider un crime non résolu depuis plus de deux décennies, à savoir l’assassinat de deux prostituées dans le centre de Bruxelles. Est-ce que la technologie contemporaine permettra de trouver un dénouement à cette affaire?

Ni juge ni soumise n’est pas un film évident à prendre en frontal. Yves Hinant et Jean Libon, réalisateurs de Strip Tease réalise une œuvre pour le moins particulière. Border line, pleine d’humour noir par instants et d’autres instants fondamentalement malsain. Les deux réalisateurs ne nous épargnent strictement rien, photos de cadavres, exhumations de corps, détails pour le moins atroces, moment intense avec des détenues et témoignages pour le moins flippant d’une mère venant de tuer son fils par étranglement et coup de couteau dans la gorge. Oui, il y a de l’humour noir dans le film, oui on se laisse aller à rire parfois, mais très vite le malaise prend le dessus. Anne Gruwez la juge que l’on suit du début à la fin de l’aventure est un personnage des plus particulier. Imaginer un instant Yolande Moreau des Deschiens en juge d’instruction lunaire roulant en 2cv et vivant avec son gros rat blanc. Le pitch a des allures de mauvais délire pourtant il est réel. On comprend l’intention des deux réalisateurs de s’accrocher au personnage de cette juge. Elle a un je-ne-sais-quoi de formidable dans son attitude lunaire face aux horreurs qu’elle vit au quotidien. Mais comme l’on peut se mettre à l’imaginer rapidement tout n’est pas aussi rose qu’il n’y parait.

Et très vite entre les fausses apparences d’un humour bon enfant, ni juge ni soumise et son héroïne prennent une autre allure. Les petits commentaires parfois légèrement racistes succèdent à un début de malaise entourant le personnage de cette femme. Est-ce que son apparente déconnexion du monde qui l’entoure est son seul moyen de défense ou bien est-elle tout simplement folle au fond. Abimé comme tant d’autres flics avant elle par les horreurs inhérentes au monde qu’ils côtoient H24. On aimerait se dire que c’est la raison, l’explication la plus flagrante pour faire en sorte que l’on accepte ce que l’on voit. Mais dans le fond, ce n’est que le signe flagrant d’une de nos faiblesses de spectateurs. Une erreur qu’Yves Hinant et Jean Libon exploitent pour plonger la tête sous l’eau du spectateur dans l’univers pourri jusqu’à la moelle de ce monde judiciaire belge. Depardon avait exploré les coulisses du 36 dans une attitude un peu similaire sans pour autant tomber dans la noirceur. Ici, Ni juge ni soumise se délecte de cette noirceur. D’absurde a fondamentalement malsaine sur la dernière apparition avec la mère meurtrière, le film d’Yves Hinant et Jean Libon explorent la noirceur de l’âme humaine sans prendre de gants. On peut reprocher aux deux réalisateurs du coup de tomber dans certains travers flirtant avec le voyeurisme malsain en appuyant le trait sur les photos de cadavres et image d’un corps que l’on exhume après dix ans sous terre. Ils s’en foutent pensant que le personnage lunaire de cette juge naviguant au milieu de cette puanteur suffira pour faire oublier le reste. La vérité est tout autre.

De ce qui commence comme une pseudo-enquête pour rouvrir un double meurtre datant de plusieurs décennies, le film vire vers une analyse au microscope de la dérive de la société belge via le prisme judiciaire. Et c’est alarmant. Tous les maux de l’époque se côtoient, consanguins, meurtres, djihadisme, BDSM et j’en passe. On voudrait pouvoir trouver la force d’en rire d’un bout à l’autre, mais très vite on comprend que ce rire qui nous échappe n’est qu’un antidote pour cacher notre malaise ou révulsion face à ce qui est en face de nous. Et de ce malaise naît dans le fond presque une forme de compréhension pour l’attitude lunaire de la juge Anne Gruwez. Comment pourrait-elle faire autrement pour survivre que de se détacher de ce monde qu’elle arpente chaque jour. Tout le monde deviendrait fou ou identique à ceux qu’elle juge avec le temps. Alors oui, on finit par la comprendre et arrêter de la juger. Mais pourtant, cela ne suffit pas à cacher ce goût rance qui nous reste en bouche face à tout ce que Ni juge ni soumise nous présente. Si l’idée était de dresser un portrait donnant de ne jamais aller en Belgique, l’opération est un véritable succès. Le film atteint son but, respecte les codes du documentaire et les met en place parfaitement pour donner vie à son histoire. Mais cela ne l’empêche pas pour autant d’être malsain, voyeuriste et répugnant d’une certaine manière. C’est toujours difficile de regarder des horreurs en face, surtout quand les deux personnes derrière la caméra donnent presque l’impression au final de se délecter de ces dernières. Certains trouveront leur compte dans ce documentaire. Je ne fais malheureusement pas partie de cette caste. Ni juge ni soumise aurait du me faire sourire ou rire comme les gens dans la salle en même temps que moi. Au final, il m’a juste dégoûté un peu plus de l’espèce humaine. A mi-chemin entre humour noir et voyeurisme morbide, ce n’était définitivement pas ma came.

 

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Overdrive, le Fast and Furious plus cheap que cheap…

Les frères Andrew et Garrett Foster sont des pilotes d’exception, mais aussi des voleurs d’exception. Leur spécialité : voler les voitures les plus chères au monde. A Marseille, ils parviennent à dérober une sublime BUGATTI 1937, joyau de l’exceptionnelle collection de Jacomo Morier, parrain de la Mafia locale. Ce dernier décide alors d’utiliser leur talent à son profit contre son ennemi juré, Max Klemp. Mais s’ils acceptent de rentrer dans ce jeu, c’est qu’ils ont en réalité conçu un coup d’une audace inégalée.

Que se passe-t-il quand des réalisateurs français décident de réaliser une copie au rabais de Fast and Furious et Ocean Eleven ? Et bien cela donne Overdrive avec Scott Eastwood dans ce qui sera sans nul doute pour l’instant et encore longtemps, le pire rôle de sa carrière. Dire que rien ne fonctionne dans ce Overdrive est encore bien loin de la vérité. Le film de casse est un art à part entière. Cela demande un talent dans l’art du casting des acteurs, une finesse d’écriture pour le scénario et une réalisation pas trop tape à l’œil mais assez inventive pour faire en sorte que l’on s’intéresse a minima à ce qui se passe sur l’écran. Autant être honnête d’emblée, Overdrive n’a pas le moindre de ses atouts en poches. Il n’a rien pour lui en fait. Le pire étant qu’au fond, l’impression que donne ce film est que tout le monde se contrefout de ce que donnera le résultat final tant ils n’ont plus qu’une idée en finir le plus vite possible. Et d’une certaine manière qui pourrait les blâmer. L’histoire est basique, les twists qui s’enchaînent tombent à plats en grande partie du au fait que l’on se fout de savoir qui fait quoi, qui vivra ou pas. On traverse l’histoire avec le pied sur la pédale de frein en termes d’empathie. Les personnages sont transparents et cela finit par se payer immédiatement de manière sanglante au niveau de la qualité.

©PHOTOPQR/LA PROVENCE ; VIEUX PORT DE MARSEILLE

Et de ce côté Overdrive ferait presque passer Fast and Furious aussi bien sur le fond et la forme pour un film d’auteur. Beauf, mal écrit et réalisé en dépit du bon sens, le film enfile les perles. Mais pire encore quand intervient le twist de fin, ce dernier fait remettre en question l’intégralité du film et pointe d’un doigt vengeur la somme des incohérences qui le plombent tout du long. Et même si par instants dans d’autres productions Hollywoodiennes, il a réussi à faire illusion, Scott Eastwood est ici totalement insipide. Ne parlons même pas de Kaaris et Simon Abkarian dans le rôle des méchants du film, nous dirons juste qu’ils ont sûrement avec ce long-métrage trouver un moyen simple de payer les impôts de l’année… que reste-il de ce Overdrive une fois la marque du générique de fin péniblement atteinte ? J’ai envie de dire rien. Le film est à peine digne des séries allemandes de type Opération Cobra, le scénario est vide de sens. Non, franchement, même avec la meilleure volonté du monde, il n’y a rien à sauver. Next…

 

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Retour à Montauk, hymne mélancolique au temps qui passe.

Il y a un amour dans la vie, que tu n’oublies jamais, peu importe à quel point tu essaies. L’écrivain Max Zorn arrive à New York pour promouvoir son dernier roman. Sa jeune femme Clara l’a précédé de quelques mois pour contribuer à la parution du livre aux Etats-Unis. Dans son roman, Max raconte l’échec d’une passion dans cette ville, il y a 17 ans. Presque par hasard, il revoit Rebecca, la femme en question. Originaire d’Allemagne de l’Est, elle est devenue entre temps une brillante avocate et vit depuis 20 ans à New York. Ils décident de passer encore une fois un weekend ensemble. C’est l’hiver à Montauk, le petit village de pêcheurs au bout de Long Island. Deux transats vides, face à l’océan. Ils attendent deux personnes qui s’étaient perdues pendant très longtemps. Maintenant ils reviennent à Montauk, plein d’espoir et de regrets sur une vie commune manquée.

Retour à Montauk de Volker Schlöndorff avec Stellan Skarsgård et Nina Hoss est typiquement l’un de ces films qui ont le pouvoir de vous clouer sur place pour peu que l’on se laisse aller au jeu de l’identification. La force principale de ce récit est qu’il est dans le fond universel. Que l’on soit un homme ou une femme, il y a peu de chances que l’on n’ait pas vécu une fois par ce genre d’étapes dans sa vie sentimentale. Celle du regret, celle qui est synonyme de la personne que l’on a laissée partir. Et une fois que la porte sera entrouverte dans votre esprit difficile de trouver un moyen de stopper le flot. La force de Retour à Montauk tient dans sa façon d’aborder la vraie fausse fin d’une romance. On n’est rien si l’on n’a pas aimé une fois dans sa vie. Cela crée un vide sans fin… mais pour autant, il n’a rien de pire que d’avoir aimé, savoir que la personne en face aussi et d’avoir laissé passer la chose. Vivre sur le regret, l’image d’une vie que l’on aurait pu avoir. Le genre de choses qui ne cesse de se confronter au quotidien qui est le nôtre. Et d’un coup tout prend un sens différent. Un goût amer d’une certaine manière, celui de la défaite. Et dans la confrontation qui oppose Stellan Skarsgård et Nina Hoss, Volker Schlöndorff ne cherche jamais à dresser un portrait romantique typique de la retrouvaille de ses deux amants d’antan.

Bien au contraire, il nous confronte à un cas typique de lâcheté masculine pensant que d’un coup d’un seul, tout peut redevenir comme avant. Le genre de vision de l’amour un poil a sens unique. Sincère et lâche à la fois, le personnage de Stellan Skarsgård sous la caméra de Volker Schlöndorff est aussi humain que triste. Pathétique diront certains. Pas dans le sens qu’il ne mérite aucune compassion, mais plus dans l’idée de voir à quel point le regret détruit tout sur son passage. Forçant à se construire une vie sur des fondations de mensonges à défaut de mieux. Stellan Skarsgård et Nina Hoss dans le film naviguent chacun à une extrémité de ce regret, l’un en se noyant dans le déni, l’autre en se plongeant dans le travail pour oublier. Mais rien n’y fait et tout comme une pièce de théâtre avec un face-à-face en apparence romantique, mais finalement cruelle dans les vérités qui s’en échappent Retour à Montauk dévoile un tout autre visage. Portrait d’un homme, d’un auteur d’ailleurs, dont la vie est devenue la matière première. Il se perd dans la mise en abime de ses propres faiblesses jusqu’à ne plus faire de différences salvatrices entre sa vision quasi romanesque de son histoire et la triste réalité qu’il a fini par créer au travers de ses actions. Retour à Montauk grâce à l’étonnante simplicité, voir même efficacité du jeu d’acteur de Stellan Skarsgård et Nina Hoss touche en plein cœur.

Il est bon parfois de voir que des cinéastes ne se bornent pas qu’à jouer la carte de la romance idyllique hollywoodienne prise alors qu’elle débute. Il y a sur ce chemin, tellement de possibilités de narrations. Et prendre l’histoire sur le dernier tronçon de cette autoroute du sentiment à quelque chose d’aussi beau que profondément triste. Mélancolique et terriblement poétique d’une certaine manière, ce Retour à Montauk à des faux airs d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind sans tout l’aspect féerique de Gondry. Mais parfois, le réalisme sert aussi le récit. C’est le cas ici. Très beau film.

 

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Free Fire, le reservoir Dogs en mode mineur de Ben Wheathley

Une vente d’armes clandestine doit avoir lieu dans un entrepôt désert. Tous ceux qui y sont associés se retrouvent face à face : deux Irlandais, Justine, l’intermédiaire, et le gang dirigé par Vernon et Ord. Mais rien ne se passe comme prévu et la transaction vire à l’affrontement. C’est désormais chacun pour soi… pour s’en sortir, il va falloir être malin et résistant.

S’il y a bien quelque chose que l’on ne pourra jamais enlever au Free Fire de Ben Wheatley, c’est la sympathie qui s’en dégage. Elle est indéniable, palpable et habite le film du début à la fin. Est-ce pourtant suffisant à rendre ce dernier mémorable sur la longueur ? Pas totalement et c’est bien là que réside le souci majeur de ce film. Au-delà d’une certaine empathie pour son immense galerie de bras cassé et son casting 4 étoiles qui s’en donne à cœur joie pour faire vivre (ou survivre) l’histoire, il y a un léger souci que l’on ne peut ignorer tout du long : le scénario. Free Fire très vite tourne à vide. Sorte de parodie légère de Reservoir Dogs dans son esprit verbeux et second degré, l’ultrapuissance de ces deux « défauts » désamorce au final la peur ou le choc que l’on peut ressentir lorsque la mort emporte les personnages. Tarantino avec Reservoir Dogs avait réussi à gérer de façon tendue la montée en puissance de la violence, jouant aussi bien sur la mise en scène que les dialogues pour faire en sorte de coller un vrai malaise aux spectateurs. Free Fire de Ben Wheatley lui n’a au final qu’une seule envie un peu bizarre vu la tonalité du film : divertir. Oui, tout le monde s’entre-tue dans le plus grand des calmes, c’est limite drôle et c’est à peu près tout en fait. Free Fire réussit un exploit assez particulier, celui de ne jamais faire que l’on ressente quelque chose de concret pour aucun des personnages principaux quand ils se font tuer ou blesser. On regarde la chose avec une certaine distance, comme si l’on avait jamais vraiment eu de quoi avoir envie de courir après le wagon de tête, celui du scénario.

Et c’est d’autant plus frustrant vu le casting parfait que Free Fire de Ben Wheatley réunit devant la caméra. Et que les choses soient claires aussi bien devant la caméra que derrière, le travail est au final propre et loin d’être honteux. Mais, c’est comme si dès le départ Ben Wheatley n’avait jamais eu l’intention de faire autre chose qu’un divertissement agréable, classique, mais totalement facile a oublié sans le moindre effort. On est toujours surpris et frustré quand un réalisateur dont on sait que le talent n’est pas imaginaire décide de faire le minimum ou plus précisément de se contenter de livrer un film mineur pour sa filmographie. Alors oui, cela reste au-dessus d’autres productions, mais avec un tout petit plus d’ambitions et de temps passé à faire grandir dans le bon sens le scénario, il est évident que Free Fire avait toutes les cartes en mains pour être autre chose qu’un simple pastiche de Reservoir Dogs. La maîtrise de Ben Wheatley pour les dialogues agit tout du long de Free Fire comme un pansement permettant d’oublier le reste et le casting fait de son mieux avec tout le talent qui l’habite pour que l’on oublie le fait que malheureusement et même si le film est au final assez court, il donne l’impression en bout de course de durer une bonne demie heure de plus. Ou de trop… mais c’est un autre débat.

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« Guardians » du Marvel cheap et soporifique en version Russe

Guardians est l’œuvre par excellence qui donnait vaguement envie d’y croire en regardant les premières vidéos de productions. Certes, les blockbusters russes ne sont pas forcément de 1er qualité, mais bon, il faut parfois aller au-delà des apparences. En gros, j’étais naif, mais pas dans les limites du raisonnable non… bien au-delà. Réalisé par Sarik Andreasyan (American Heist avec Adrian Brody…), Guardians est une énigme aussi pénible que fascinante d’une certaine manière. Il y a quelque chose d’intéressant dans la façon dont le film au final ne fait que reprendre les codes des Comics US pour l’adapter au monde de la Russie. Montrant ainsi les limites parfois puantes avec lequel ce genre de récit peut flirter. La structure n’est pas si éloignée de milliers d’Origin Story (Captain America, Avengers et j’en passe) faites par les Américains et n’ayant pour force qu’un scénario enveloppant beaucoup mieux le fond (ou le cachant cela dépend) et surtout un meilleur budget. Et en parlant de ce point précis on touche du doigt l’un des soucis majeurs du film, le budget. Réalisé pour l’équivalent de 5 millions de dollars, le film fait illusion sur certains plans, mais ne tarde pas à très vite montrer ses limites. Sarik Andreasyan ayant malheureusement la même tendance que Zack Snyder à abuser du ralenti pour bien souligner son action et lui donner un côté clipesque assez pénible. Le genre de petites touches répétitives qui mise les une à la suite des autres finissent par provoquer un horrible sentiment de lassitude.

Et le coup de grâce en deux temps de Guardians tient dans son casting et son scénario. Est-ce que dans le fond cette dernière est pire que ce que l’on a vu dans des milliers de Comics ? Non, le vrai souci est qu’il n’y a aucune véritable colonne vertébrale dans l’ensemble. Le film dure moins d’une heure trente et donne l’impression d’en durer le double. La gestion du temps à l’intérieur du récit et de par le fait à n’en pas douter de coupes en dépit du bon sens est une véritable plaie. On ne comprend plus rien au bout d’un moment et il faut bien reconnaître que l’on s’en fout. Moscou est envahi et vidé de ses habitants en moins d’une minute. L’un des héros à la colonne vertébrale brisé, mais grâce à un vieux scientifique sortant de je ne sais où il récupère en 3 minutes. Et ne parlons même pas du grand méchant de l’histoire qui fait passer avec son costume ceux de Power Rangers pour des œuvres pouvant aller concourir aux oscars. Si l’on prend la chose avec un peu de recul et que l’on se réfère au final a ce qu’était Captain America, il n’y avait pas de véritables raisons que Guardians éclate en plein vol. Pourtant sans le moindre scénario ni véritable commandant à la tête du navire, le film apparaît très vite pour ce qu’il est : un délire d’ados complètement creux balançant les unes à la suite des autres des références qu’il ne maîtrise pas.

Que reste t-il de Guardians une fois que par miracle on arrive à survivre jusqu’à la fin du film ? J’ai envie de dire rien au final. Copiant assez maladroitement la dynamique Marvel, le film partait d’emblée comme perdant. Différence d’écritures, de style, de casting et de budget… la liste pourrait durer pendant des heures. Il ne reste en bout de course qu’un blockbuster russe de plus. Le genre de produit hybride donnant au pire l’impression de n’être rien de plus qu’une production Asylum en version russe. Il y en a qui trouveront l’expérience intéressante, je n’ai pas réussi à dépasser le stade de l’indigestion en ce qui me concerne.

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Noma au Japon, la cuisine de l’impossible…

Janvier 2015. Le NOMA vient de recevoir pour la 4ème fois le titre de meilleur restaurant du monde. Le chef, René Redzepi, décide de fermer son restaurant de Copenhague pour ouvrir une résidence de deux mois à Tokyo, au Japon. Le but : proposer un menu exceptionnel de quatorze plats spécialement conçus pour l’occasion. René Redzepi et sa brigade ont six semaines pour créer de toutes pièces un menu unique et novateur en harmonie avec la culture japonaise, avec des produits et des saveurs qu’ils ne connaissent pas. Une course contre la montre s’engage.

Noma au Japon est un documentaire très particulier, un peu comme si l’espace d’un instant on voyait la série Chef avec Clovis Cornillac prendre vie sous nos yeux. Oui, j’exagère un peu (et encore…) mais l’idée est bien la même. Montrer aux néophytes l’envers du décor. Les grands restaurants et la mécanique qui les anime, l’intensité de la vie en coulisses, autant de notions qui nous échappent. On se focalise sur la décoration de l’assiette, la texture du plat, le prix de l’addition. Mais l’on oublie bien souvent tout le travail de recherche, la passion, la folie douce même qui anime l’équipe en cuisine. Et Noma au Japon, c’est effectivement une histoire de folie, celle de René Redzepi et de son équipe désireux une fois au sommet de leur art à Copenhague de prendre le risque de se réinventer. N’importe qui dans un état d’esprit sain dirait aussi de se planter. Mais c’est là que l’on se rend compte du monde qui sépare les cuisiniers de haut rang du reste des mortels que nous sommes. Minutieux, fou, passionné par les détails et l’envie de se renouveler René Redzepi et son équipe fascine du début à la fin de ce voyage. Il y a quelque chose de militaire dans la façon dont ces hommes et femmes sont prêts à suivre jusqu’au bout René Redzepi et lui dans la manière qu’il a de les pousser à toujours se surpasser.

Et tout tient d’ailleurs dans cette notion : se surpasser, apprendre à voir ses limites et les dépasser pour créer un nouveau chapitre de son histoire. Loin de n’être péjorativement que des cuisiniers, Noma au Japon montre combien cette équipe est faite ni plus ni moins que de véritables artistes. Le genre de ceux ayant compris que l’on ne cesse jamais d’apprendre du début à la fin de sa vie et que l’en restant les deux pieds dans les mêmes sabots, on ira jamais bien loin. Passionnant à plus d’un titre, Noma au Japon est aussi un regard délicat sur l’art culinaire Japonais et le challenge quasi impossible pour un Occidental de réussir à en saisir toutes les nuances et subtilités. Noma au Japon montre la folie de ces hommes et femmes pour qui l’impossible n’a rien d’intouchable. La façon dont ils abordent ce défi et réussissent à le dompter en partie force le respect. Cela ne se fait pas sans phase de doute et de remise en cause, mais c’est au travers de ces épreuves que naît la grandeur du final. Rien n’est impossible quand on s’en donne les moyens aussi fou que puisse être le challenge et dans son genre Noma au Japon avait pourtant des allures de Mission Impossible. Un film qui est autant de la nourriture pour l’esprit que le ventre cela ne se refuse pas. A voir.

 

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Sing Street, le feel-good movie tout simplement parfait!

Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant « Top of the Pops » est incontournable. Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter. Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connaît rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir, il lui propose de jouer dans son futur clip.

Est-ce que l’on peut avec Sing Street parler de film good movie parfait ? Je me pose parfois la question l’espace d’un instant avant que mon cerveau me mette une claque en me disant « ne raconte pas de conneries », oui le doute n’est plus permis. John Carney avec ce véritable petit trésor a créé une bombe de bien être n’attendant que d’exploser aux visages des cinéphiles se lançant dans les salles et vous savez quoi ? Cela fait un véritable bien fou. Reposant sur des fondamentaux assez classiques, l’envie d’accomplir ses rêves, séduire la fille la plus sexy du lycée, s’élever au-dessus de sa condition et j’en passe… Sing Street parle au plus grand nombre. C’est sa force. Que l’on soit vieux ou jeune, il y a quelque chose d’universelle dans ce récit qui touche en plein cœur. Et là où d’autres mettent un temps fou pour diffuser la magie du récit vers le spectateur, John Carney le fait assez rapidement et surtout avec une simplicité désarmante. Doté d’une réalisation, d’un casting et d’une bande-son parfaite, Sing Street rentre dans cette catégorie assez rare des films qui n’ont pas le moindre défaut. C’est vrai que la chose peut paraître un poil caricaturale de nos jours ou tout le monde balance du chef-d’œuvre à la moindre critique, mais dans le cas présent, c’est vrai à tous les niveaux. Et pour rajouter encore une couche à sa montagne de classe, le film de John Carney se paye le luxe d’avoir le triomphe modeste. La classe de ces grands films qui pensent à procurer une expérience parfaite au public avant de chercher la gloire pour sa pomme.

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On pourrait parler des heures de Sing Street pour en dire tout le bien qu’il dégage. Car oui, c’est bien cela sa force première, il fait du bien. Il montre la force et l’impact de la musique dans la vie de tout à chacun. On peut remplacer certes cette dernière par n’importe quel passions pour caractériser la fougue du héros. Mais dans le cas de John Carney, la musique est définitivement sa vie, il ne vit que pour cela et tout comme un professeur qui aurait compris que pour intéresser et donner envie d’apprendre il faut parfois prendre des chemins de traverses en direction de sa cible, il ne cesse de faire évoluer son film. D’une histoire d’ados s’éveillant à l’amour et la vie en passant par un film musical jamais pompeux, il n’y a rien à jeter dans ce que Sing Street nous offrent. Cela fait un bien fou et la musique d’Adam Levine risque de vous hanter une fois sorti de la salle. Pas que l’on soit ici devant un tour de passe passe musical fait par un escroc avec des mélodies faciles. Non, le duo Carney à la réalisation et Adam Levine sur le final réussissent une symbiose assez folle. La musique servant l’histoire et l’histoire magnifiant l’impact de la mélodie. La finesse de l’un trouvant écho dans la réalisation au couteau de l’autre.

Sing Street est l’un de ses rares films qui n’a qu’une seule envie dans le fond, faire du bien aux spectateurs. John Carrney tout comme l’équipe devant et derrière la caméra travaille d’arrache pieds pour arriver à ce que ce but fonctionne et c’est le cas. Amoureux de la musique et du cinéma dans tout ce qu’ils ont de plus simple et efficace, inutile d’aller chercher plus loin, Sing Street est le film qu’il vous faut. Un véritable coup de cœur parfait. Ce serait dommage de passer à côté.