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Money de Gela Babluani, argent sale et nihilisme complet…

Money de Gela Babluani est l’une de ces agréables petites surprises que l’on ne voit pas forcément arriver. Nihilise, noir à en crever et passionnant d’un bout à l’autre. Le pitch de cette petite production d’emblée donne le ton : Fatigués de leurs fins de mois difficiles, trois jeunes sans avenir voient l’opportunité de gagner beaucoup d’argent en volant une mallette à un notable du Havre. Sans le savoir, ils viennent de braquer un secrétaire d’État corrompu et de voler l’argent d’une entreprise criminelle. Débute alors, une spirale qui les dépasse complètement. Une fois que l’on a fini de lire la chose et que l’on comprend où l’on met les pieds il est trop tard. On tombe dans le piège de Gela Babluani qui s’évertue à nous faire croire dès le début, tout comme ses héros que l’on maîtrise en partie la situation. Ce n’est pas le cas et le voyage dans l’obscurité que représente Money de Gela Babluani va se faire en laissant des traces. La première chose qu’il faut prendre en compte avec ce film est que nous sommes sur un cas de figure assez éloigné des codes classiques du thriller français récent. Money de Gela Babluani n’en a que faire des codes brossant le public dans le sens du poil.

Du début à la fin de l’histoire, le nihilisme absolument déprimant de l’ensemble pourra en laisser plus d’un sur le carreau. Prenant la misère sociale de la région où se déroule le film comme terrain d’expérimentation, Gela Babluani ne fait rien pour diluer la noirceur du récit. S’engageant dans une voie digne d’un Tarantino maniant avec dextérité une immense galerie de personnages, Money étonne par sa construction. Mais surtout au milieu de la meute d’acteurs, l’un d’eux ressort en particulier dans un second rôle étonnant de par le look qui est le sien. Oui, je parle bien ici de Benoit Magimel qui dans le rôle d’un homme de main possédant un look d’expert-comptable tournant dans des pornos le week end fait froid dans le dos. De là à dire que c’est une de ses performances les plus marquantes depuis quelques films, il n’y a qu’un pas. Gela Babluani trouve à chaque fois l’angle exact pour l’utiliser à bon escient. Loin de ses excès comme dans la série Marseille et affichant une retenue assez marquante Benoit Magimel se hisse dans la tête du peloton des acteurs du film. Mais et même si le casting des premiers aux seconds rôles est exemplaire, ce n’est rien face au travail de Gela Babluani sur ce film.

Money a cette saveur d’antan dans la façon d’aborder la noirceur humaine. Loin de singer les codes hollywoodiens, Gela Babluani ici prend le temps de s’immerger dans le folklore de la France profonde. Avec ici tout ce que cela comprend de misère, d’étude sociologique cimentant les actions des personnages. Nous ne sommes pas dans Strip-tease ou dans un docu, mais juste dans un film prenant le temps de créer et rendre authentique le milieu toxique dans lequel évolue les personnages. En faisant cela dans les règles de l’art quand vient le moment d’y ajouter une surcouche de thriller, le spectateur se retrouve en immersion totale dans le malaise. Et dans ce domaine autant être honnête Money de Gela Babluani n’en manque pas. Intense et réalisé de main de maître pour un budget qui ne semble pas indécent, cette descente en enfer surpasse de loin ce que les autres productions du genre nous donnent en pâture ces derniers temps. Du moins du côté français j’entends. Le film de genre à la française avait connu un âge d’or dans les années 70/80 avant de partir dans l’oubli ou le formatage marketing des années 2000, Money de Gela Babluani lui redonne ses lettres de noblesse en prenant en compte tout ce qui fait sa force. Le point de vue social étant le moteur que beaucoup oublient. Le trio de loosers que nous présente Money de Gela Babluani n’ont rien d’antipathiques, juste des paumés qui se retrouvent pris au piège d’ambitions trop fortes. On dit que l’argent n’a pas d’odeurs, mais dans le cas de ce film, il en a bien une, celle de la poudre et le goût du sang. Une très bonne surprise qui malheureusement risque de passer totalement à l’as au milieu des grosses sorties américaines du moment. A voir.

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The Vault, James Franco et la banque de l’enfer…

The Vault avec James Franco était dès le départ une curiosité pour moi. Voir Franco dans un film d’horreur me laissait perplexe. L’homme est connu pour adorer tenter tous les sujets possibles et imaginables, donc s’il arrivait dans ce film, c’est que quelque chose avait du lui plaire dans le scénario. Et vu que c’est un acteur bien plus complexe qu’il ne le laisse penser, je me suis dit « pourquoi pas ». La vérité est que sur ce coup, j’ai plus ou moins eu raison. Non, The Vault n’est pas parfait, il est même en partie expérimental à plus d’un titre et caduque sur d’autres, mais difficile de nier que pendant les 90 minutes que dure le film, l’aspect principal et moteur du récit que l’on attend de voir prendre son envol fonctionne. La tension est en effet palpable et les deux réalisateurs Dan Bush et Luke Daniels s’amusent de façon assez malsaine à faire plonger le spectateur et les protagonistes de l’histoire dans un véritable cauchemar où ils ne maîtrisent plus rien. Le pitch du film donne le ton de ce qui nous attend quand on s’engage dans ce film : Deux soeurs sont obligées de cambrioler une banque afin de sauver leur frère. Le hold-up se déroule sans problème jusqu’à ce que le directeur de l’agence leur indique la chambre forte qui se situe au sous-sol et où vit le mal à l’état pur…

Éliminons d’emblée ce qui pourra être perçu comme un défaut sur ce film. Oui, The Vault prend le parti de ne pas forcément chercher à tout expliquer. Dans le domaine de l’horreur, c’est autant une bonne chose qu’une possible malédiction. De nos jours, le spectateur aime qu’on lui mâche le travail et que l’on serve la chose sur un plateau d’argent. The Vault de Dan Bush et Luke Daniels ne va pas dans ce sens et d’une certaine manière tant mieux. La construction sur laquelle se repose les deux réalisateurs est au final simple, le twist évident si l’on fait attention dès le départ et pourtant force est de constater que cela marche. La base de cette histoire s’arrêtant sur un cambriolage qui tourne mal, les deux réalisateurs placent les spectateurs au même niveau que l’équipe de braqueurs présents dans cette banque. Rien ne se présente plus à eux en fonction du plan qu’ils pensaient infaillibles. L’habilité de The Vault est de savoir au final assez bien mélangé les genres, partant d’un film policier classique et se dégradant vers un film d’horreur, les deux réalisateurs ne perdent jamais vraiment de vue l’histoire qu’ils ont en tête. Le tout menant vers un twist qui en laissera surement plus d’un sur le bord de la route, mais qui d’une certaine manière aide à donner à l’ensemble ce feeling si particulier. Là où des productions pour le moins cousu de fil blanc ne cessent de polluer le domaine de l’horreur en salles, c’est de plus en plus dans celui de la VOD que l’on retrouve des bonnes surprises.

Non, The Vault n’est pas parfait. Certains personnages sont écrits à la hache et manque de développement, mais si l’on regarde l’ensemble d’une traite, il faut bien reconnaître que le film marque des points. L’un de ceux qui fera peut-être le plus débat tient dans l’utilisation du boogeyman du film. En décidant de ne pas forcément lui donner plus de mythologie que cela, Dan Bush et Luke Daniels en frustreront plus d’un. Mais l’effet secondaire de ce choix est que chacune de ses apparitions et tout ce qu’il entraîne dans son sillage ne cessent de faire grandir le malaise. Et au milieu de tout cela trône James Franco. Le tout dans un rôle aussi minimaliste en apparence que centrale en bout de course. Capable de s’adapter aussi bien au drama qu’a l’humour gras, il livre ici une performance tout en retenue. Ce qui ne fait renforcer l’aura son personnage quand la fin du film nous tombe dessus. À mi-chemin entre le film expérimental et le film d’horreur classique Hollywoodien, The Vault de Dan Bush et Luke Daniels se joue de ses imperfections pour malgré tout créer un style propre, une aura de malaise qui lui colle à la peau du début à la fin du film et sincèrement, c’est bien plus que bon nombre d’autres productions. Le genre de celle qui bien que jouant dans la même catégorie et bénéficiant d’une sortie en salles, sont des trucs sans âmes, insipide bien souvent et où la présence d’un réalisateur reste discutable du début à la fin. The Vault à ce charme de l’imparfait qui prend au moins le risque d’essayer quelque chose. C’est pas si mal au final…

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A Day, un jour sans fin made in Corée…

De retour d’un séminaire, Jun-young assiste à un accident de voiture. Parmi les victimes se trouvent sa fille Eun-jung ainsi qu’une autre jeune femme, conjointe d’un ambulancier prénommé Min-chul. Jun-young et Min-chul vont être pris dans une boucle temporelle.

A Day de Cho Sun-ho n’est pas forcément un film évident à définir pour les spectateurs européens que nous sommes. La différence entre nous et la Corée est que le cinéma qui est le leur aime mélanger tous les styles dans une mélodie qui parfois pour nous tourne à la cacophonie indigeste. Cela ne fonctionne pas toujours, mais quand c’est le cas la magie prend et c’est en grande partie le cas avec ce A Day de Cho Sun-ho. À la fois, drama, thriller, film fantastique et mélo typiquement coréen, le film n’hésite pas à surprendre et ne jamais aller vraiment là où on l’attend. D’ailleurs, je ne me fais pas véritablement d’illusion, je m’attends à ce que d’ici quelques mois ou un an au maximum Hollywood annonce la mise en chantier d’un remake. Il est vrai que la base du film, cette boucle temporel sujet universel et cette histoire d’un père prêt à tout pour sauver sa fille peut marcher d’un pays à l’autre. Il sera intéressant de voir comment si remake il y a Hollywood adaptera le film. Perdra-t-il en route de sa simplicité et à la fois de son ambition ? Bonne question, car malgré les apparences trompeuses du départ, A Day de Cho Sun-ho n’est pas vraiment ce que l’on peut attendre. Thriller fantastique, mélo dramatique et film sur la rédemption tout passe à la moulinette pour aboutir à quelque chose d’assez surprenant.

Typiquement coréen dans sa forme, A Day de Cho Sun-ho aspire toutes les idées de cinéma occidentales, les digère et pourtant réussit à ne pas être une photocopie sans âmes. Jouant sur la carte du thriller fantastique pour parler à un large public, le film switch assez vite sur le drame humain en élargissant son point de vue sur bien plus de personnages que l’on ne pouvait le penser. Cela demande une attention certaine et ce dès le début, mais quand le puzzle se met en place, on réalise combien la finesse du travail d’écriture de A Day de Cho Sun-ho frappe en plein cœur. Le mystère qui nous est offert dès le départ s’avèrant très vite bien plus complexe et pas que sur l’aspect course contre la montre d’un père voulant sauver sa fille. Sans spoiler le film dans son dernier tiers dévoile un twist assez inattendu qui fait basculer pleinement l’histoire dans le drama humain. Le tout en reconnectant d’un coup de maître le spectateur avec l’aspect humain qui planait au-dessus de sa tête depuis le début à savoir la rédemption. Tout le film A Day tient sur ce postulat aussi universel que profondément casse-gueule. Je dis cela en mettant bien en avant que c’est typiquement dans ce dernier acte que le film prendra pour vous toute sa force ou bien volera en éclat. Typiquement coréen dans son ADN et sa construction, le final du film respecte les obligations en vigueur dans le cinéma de ce pays.

Connectant chacun des personnages et toutes les histoires les unes aux autres, A Day de Cho Sun-ho prend le parti au lieu de terminer dans la surenchère comme Hollywood pourrait le faire de ne se focaliser que sur l’humain. C’est aussi minimaliste que touchant et le contre-pied final dans les choix qui sont ceux des personnages principaux de l’histoire touche en plein cœur. Cela peut sembler exagérer en disant cela, mais l’implication que le spectateur a finie par avoir pour ces personnages et ce depuis le début du film finit par payer. A Day de Cho Sun-ho en combinant 4 storyline en une seule autour d’une notion de pardon et de choix moraux que l’on peut imaginer insurmontable pour les pékins que nous sommes. En effet au final la grande question du film est que seriez-vous prêt à faire pour sauver votre femme ou votre enfant et surtout assumerez-vous quoi qu’il arrive vos actes. Une question simpliste en apparence mais dont les ramifications finissent par toucher quasi-tout le monde. Maintenant reste à voir jusqu’où ? Dans mon cas, une fois j’ai cédé aux codes du cinéma coréen et finis l’histoire avec une certaine forme de beauté ou juste de simplicité et de poésie. Le mélange des genres était improbables et pourtant il fonctionne à merveille. Une petite pépite en provenance de Corée.

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Zombillénium, Arthur de Pins ouvre son parc aux monstres…

Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement, zombies, vampires, loups garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, fatigués de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes, bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité… Jusqu’à l’arrivée d’Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le Vampire qui dirige le Parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Muté en drôle de monstre, séparé de sa fille Lucie, et coincé dans le parc, Hector broie du noir… Et si il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium?

Zombillénium passe de la case bd à succès vers celle de l’adaptation en film. Aux commandes fait assez rare pour être mise en avant toujours le même auteur : Arthur de Pins en duo ici avec Alexis Ducord. Mission impossible pour les deux hommes, faire une transposition sans trop trahir l’esprit de la bd au cinéma. Il y a dans ce challenge quelque chose de casse-gueule et plus d’un auteur a failli y perdre quelques dents dans le processus, mais la bonne nouvelle dans l’ensemble est que ce Zombillénium version cinéma, même s’il est un peu frustrant de par sa très courte durée s’en tire plutôt bien. Agissant plus au final comme un immense pilote de série tv et une origin story sur le personnage d’Hector Sax, le film pourra en décevoir certain sur le traitement qui est réservé aux personnages annexes. Là où la bd qui est encore en cours de développement avec 3 tomes creuse la mythologie, le film a au final des allures de one shot clôturant peut-être de façon abrupte tout ce qu’il a voulu mettre en place pendant sa durée. C’est un choix artistique qui se respecte et offre aux auteurs le challenge de ne pas se perdre en route, mais le revers de la médaille est que la frustration du public grimpe face au fait que les personnages de ce parc sont attachants. On en veut plus et c’est juste quand on arrive au pic d’intérêt du film que celui-ci se clôture. Frustrant, vous avez dit frustrant ?

Pour autant, il faut bien reconnaître que Zombillénium est très loin d’être un mauvais film, la réalisation est bonne, le tempo aussi et des pages papiers de son univers ou bien sur la toile du grand écran Arthur de Pins garde sa patte. Son style si particulier prend vie de la meilleure façon qui soit avec cette 3d. C’est un des points forts du film, il modifie certes l’histoire, mais réussit à garder en grande partie son âme et surtout son identité graphique. Les fans hardcore de la bd trouveront sûrement des choses à dire face au phénomène de synthèse inhérent à ce genre d’adaptations, c’est toujours le cas. Mais la folie qui habite le film a plus d’un titre lui permet d’éviter de se noyer dans la masse des dizaines d’autres productions pour le moins générique. Arthur de Pins avec ce Zombillénium réussit à créer une histoire aussi bien capable de parler au grand public qu’aux adultes accompagnant les enfants. La passion qu’il développe pour ses monstres a quelque chose de sincère et contagieux, c’est ce qui fait l’une des forces du film. Après malheureusement, il reste un point sur lequel il sera difficile de passer. Si vous regardez Zombillénium sans la moindre connaissance de l’œuvre d’origine, la magie prendra sans le moindre mal. Si au contraire vous étiez un fan de la bd et que vous attendiez de retrouver dans ce long-métrage les mêmes petits détails, une légère déception sera sûrement de mise. L’esprit est là certes et l’esprit Arthur de Pins est palpable du début à la fin, mais qui dit adaptation, dit concessions.

Plus grand public, plus lisse et classique, l’histoire a des faux airs de one-shot qui malheureusement ne débouche pas forcément sur grand-chose pour la suite. C’est un poil dommage tant la richesse de l’univers sur lequel se batît l’histoire de Zombillénium est forte. Loin d’être honteux et supérieur malgré tout à pas mal de productions d’animations FR, le film d’Arthur de Pins à pour véritable seul défaut de la jouer « safe » pour plaire au plus grand nombre. A vous de voir si cela suffira à vous faire fuir ce film. Ce qui serait dommage vu le capital sympathie assez énorme de ce petit ovni. A vous de voir.

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Le sens de la fête , le petit bonheur de Toledano et Nakache

Le sens de la fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache est un de ces films dont la simplicité et l’efficacité font un bien fou au final. Est-ce que l’on est devant le film de l’année ? Peut-être pas et encore tout cela n’est toujours qu’une question d’interprétation qui fluctue face à chacun. Mais s’il y a bien un point qui est indéniable avec ce nouveau film du duo c’est le bien fou qu’il procure surtout dans cette période où l’on bouffe de la news déprimante H24 dès que l’on ouvre la radio ou la tv. Les âmes chagrines trouveront toujours à redire, mais pour une fois, j’ai envie de dire laissons les hurler et prenons le temps de profiter de ce film. Réaliser un film choral n’est jamais évident, le cinéma français a eu son lot d’échecs, semi-réussites et autres moment de grâce et dans son genre, Le sens de la fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache tend plutôt vers la dernière position. Le petit moment où tout s’aligne, l’écriture, le casting, la réalisation. Construit quasiment comme du théâtre, le film déroule sa mélodie sans le moindre accroc, porté par un casting possédant chacun une importance aussi décisive que son voisin dans le grand échiquier des sentiments qui se dévoile. Ou du moins devrais-je dire pour être plus précis, l’échiquier du chaos. Car en l’espace d’une journée et la préparation d’un mariage pour le pire client de la Terre, d’Eric Toledano et Olivier Nakache prennent un plaisir quasi sadique à pousser Jean Pierre Bacri dans ses derniers retranchements et c’est de ce petit jeu pervers que ressort toute la force du film.

Le Sens de la fête ou la délicate mélodie du chaos si l’on suit le déroulé de l’histoire, continue une fois de plus de montrer le talent innée du duo pour jouer avec une multitude de personnages. Les faire passer d’une émotion à l’autre sans que l’on tombe dans le pénible n’est pas évident, mais quand on a Jean Pierre Bacri en lead, j’ai envie de dire comment s’écrouler. Il y a dans cet acteur dix fois plus d’humanité et sens de l’humour qui fait mouche que beaucoup de ses congénères. Le casting dans Le sens de la fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache ne fait pourtant pas de détails dans le domaine. Du premier rôle en passant par le second et voir même ceux dans le fond de la salle, on touche au parfait. Et quand je dis cela, la chose peut paraître quelque peu abusive, mais la vérité est aussi évidente que le nez au milieu du visage. Le sens de la fête rentre dans cette petite famille des films qui ne sont pas faits que pour flatter l’égo d’un seul acteur. Film de choral respectant jusqu’au bout des ongles ce que cela implique dans la gestion du temps d’écran, dans la finesse d’écriture et la cadence d’impact des vannes. Tout est pensé comme si ce qu’Eric Toledano et Olivier Nakache nous mettaient sous le nez avait des faux airs de partitions absolument parfaites et d’une certaine manière c’est un peu le cas. Revenons sur l’ensemble des productions du même genre dans le cinéma français et prenons une main (cela suffira) pour voir le nombre de réussites. Je ne vais pas mentir en disant qu’une grande partie de cette main sera occupée par les films d’Eric Toledano et Olivier Nakache. Certes on peut leur reprocher avec Le sens de la fête, de jouer la sécurité. Ils sont avec leur famille d’acteurs, dans une zone où ils sont à l’aise et le résultat s’en ressent. Mais ce à quoi au final j’ai envie de dire et alors ?

Combien de fois, les dernières productions françaises ont commis l’erreur de tomber dans une vulgarité crasse pour parler à un public jeune, de s’enfoncer jusqu’à couler dans des chausse-trappes médiatiques ? Rendant du coup l’intégrité même de leur film complètement caduque, la liste est longue. Trop longue même. Eric Toledano et Olivier Nakache avec Le Sens de la fête prennent juste le parti de faire du bien, de respecter d’une certaine manière l’intelligence du spectateur et de se faire eux aussi plaisir en respectant leurs acteurs. L’émulsion entre ces deux extrêmes est la base du succès du film. Sincère d’un bout à l’autre et nettement au-dessus de la meute de ses autres concurrents sur tous les niveaux, Le Sens de la fête est un vrai plaisir. Le genre de petite recette parfaite où tous les ingrédients fonctionnent à merveille les uns avec les autres sans jamais que le spectateur finisse avec une indigestion. C’est aussi festif qu’humain et l’on en sort le sourire aux lèvres. Que demander de plus ?

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The House, Will Ferrell vole à nouveau la banque

The House avec Will Ferrell continue de perpétrer la longue et un peu pénible route sur laquelle s’étale la carrière du monsieur. Loin de n’être capable de faire que des comédies un poil lourdes qui cartonne (pas toujours) chez l’oncle Sam et s’exporte de plus en plus rarement chez nous, le monsieur est capable quand l’occasion se présente de surprendre. Mais bizarrement comme si la facilité était devenue sa ligne de conduite, il ne cherche plus à s’éloigner de ce que l’on attend de lui et c’est bien là le drame tant il mérite mieux. Alors est-ce que The House est une catastrophe ? Non, c’est peut-être d’ailleurs une des productions les moins insupportables qu’il a fait dernièrement, mais cela n’empêche pas le film de n’être qu’un simple téléfilm de luxe que vous allez avoir oublié à peine 72h après sa découverte. Une sorte de malédiction qui frappe bon nombre de productions à travers le monde ces derniers temps. De quoi parle le film ? Voici le pitch : Lorsque Scott et Kate apprennent qu’ils viennent de perdre la bourse d’études de leur fille Alex, ils cherchent par tous les moyens à réunir l’argent pour que cette dernière puisse poursuivre son rêve : aller à l’université ! Avec l’aide de leur voisin Frank, ils décident de monter un casino illégal dans la cave de leur maison…

The House malgré la mollesse de son scénario et l’incroyable sous utilisation du talent comique de Will Ferrell et Amy Poehler possède quand même un atout notable : Jason Mantzoukas, l’homme dont personne ne connaît le nom, mais que l’on voit apparaître dans un nombre de films de plus en plus croissant. Il est aussi dans la série TV « i’m sorry » où il est phénoménal. Et autant le reconnaître, il vole littéralement la vedette à Will Ferrell et Amy Poehler, cela ne suffit pas à faire décoller le film, c’est un fait. Mais d’une certaine manière, cela nous sauve de l’ennui profond et mécanique dans lequel nous plonge le scénario. Et c’est en partie ce qui est le plus frustrant ou agaçant dans l’ensemble. Le casting est là, l’idée de base aussi même si elle ne va pas révolutionner le monde et au final l’étincelle ne vient jamais. Je ne dis pas que l’on ne rigole pas dans le film, ce serait mentir, mais il y aussi bien dans le jeu des acteurs que dans les réactions qu’ils provoquent chez nous une sorte de lassitude polie. On rigole gentiment, jamais à en faire trembler les fondations de sa personne. Non, on s’amuse tout en pensant à ce sms que l’on n’a pas encore fini d’écrire, ce mail que l’on attend et j’en passe. La faiblesse de The House est qu’à aucun moment, il ne réussit vraiment à sortir de sa manche le twist ou la séquence culte qui va vous faire exploser de rire. Le meilleur exemple tient dans le caméo surprise du film qui avait tout pour être excellent et finit comme l’un des plus gros pétards mouillé qui soit. L’acteur semblant s’en foutre autant que le réalisateur et les scénaristes et finissant par se contenter de cachetonner.

D’ailleurs, le mot aussi lourd de sens soit-il résumé très bien l’ADN de The House. Une production sans risque et sans véritablement de surplus d’âme. Tout est fait à minima et la prise de risque est quasi inexistante. Les gens cachetonnent et l’on s’ennuie en synchro avec eux. C’est un travail d’équipe qui au final ne mène à rien. Maintenant, la question reste de savoir si un jour, Will Ferrell va se sortir à nouveau de sa zone de confort et de machine à sous pour nous donner à nouveau un contre-emploi où il surprendra. Il est un de ces acteurs du même calibre que Jim Carrey si on lui donne le script et le réalisateur qui suivent. La différence majeure entre les deux acteurs est que tout le long de sa carrière, Will Ferrell n’a jamais cessé de donner cette impression de se complaire dans la case où Hollywood a fini par l’enfermer. Là où Jim Carrey au contraire n’a eu de cesse de prendre des risques, de se remettre encore et toujours en question. Un jeu dangereux pour sa carrière, mais qui paye plus sur le long terme. The House rajoute une pierre à l’édifice que Will Ferrell bâtit en l’honneur du dieu du billet vert. Triste vu qu’il vaut mieux que cela. The House est un produit inodore qui ne mérite d’être vu que si vous avez un pied dans le plâtre et beaucoup de temps à perdre. Autrement, cela reste hautement négligeable… A vous de voir.

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Ça d’Andy Muschietti l’adaptation parfaite de Stephen King

Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur…

Ça avait tout dès le départ de sa production pour être un vrai naufrage sur patte, les bruits de couloirs laissant à penser que le changement de réalisateur ainsi que les retouches sur le script allait planter le film. La vérité est tout autre avec la découverte du produit fini. Ne vous laissez pas avoir par le train de la hype qui survend le côté horrifique du film, Ça en soit n’est pas le film le plus terrifiant qui soit, j’irai même jusqu’à dire que sur le niveau de l’horreur basique, il ne l’est pas du tout. Le cœur du film se joue ailleurs. L’horreur que le récit nous livre est insidieuse, dans les regards, les sous-entendus, les messes basses de la ville où se déroule l’histoire. La véritable horreur se loge dans les recoins du quotidien, celui que les héros du film ce groupe qui se nomme eux-mêmes les Loosers va devoir apprendre à gérer. Ça n’hésite pas à être sauvagement frontal avec des thématiques que l’on n’a pas trop l’habitude de voir aussi poussé quand des enfants sont aux centres de l’histoire : meurtre, racisme, pédophilie, Ça ne néglige rien pour donner chair à son récit. Cela surprend au départ, mais très vite on se rend compte à quel point cela nourrit intelligemment l’histoire, lui donne sens et surtout une âme si particulière. Et c’est autour de cela que se joue le vrai cœur du film, l’empathie quasi immédiate que l’on ressent pour ces enfants. Aussi bien à leur niveau qu’a celui de Pennywise, le film n’est qu’une introduction, une mise en bouche nous présentant chacun des camps en vigueur pour leur faire croiser le faire. Mais surtout pour que l’on soit bien conscient de ce que chacun est capable de faire. Ça (chapitre 1) est éminemment frustrant. Pour la simple et bonne raison que lorsque la fin du film arrive on ne veut qu’une chose : la suite.

Ce qui est un signe montrant combien Ça réussit son pari quasi impossible. Celui d’adapter en trahissant (en partie) l’œuvre de King. S’il y a bien un point sur lequel le film d’Andy Muschietti mérite toutes ses louanges, c’est bien le scénario. Ne serait-ce que dans la façon dont il réussit à mêler les histoires les unes aux autres lors de la présentation des personnages, de la virtuosité qui en découle, cette intro de film a des faux airs de perfection. Mais tout cela ne serait rien si devant la caméra, il n’y avait pas un groupe d’ados tout simplement parfait. On retiendra tout particulièrement Sophia Lillis et Jeremy Ray Taylor (Beverly et Ben), deux rôles en or pour deux acteurs qui se fondent dans des personnages pas évidents. Tout est fait de la part d’Andy Muschietti pour laisser à ses personnages de la place pour grandir et exister. Tous en bénéficient et font fructifier ce capital, mais c’est tout simplement flagrant sur ces deux personnages, la première de par la nature même de son rôle et la thématique toxique qui lui colle à la peau et le 2e de par son besoin naturel d’être accepter malgré son look qui le marginalise. Son personnage d’ailleurs est sûrement l’un des plus sincères dans le groupe et en même temps l’un de ceux qui prend le plus en frontal la violence de la ville, jusqu’à en être marqué dans son corps. La force de Ça et de son réalisateur Andy Muschietti reste de ne jamais perdre de vue la nécessité de toujours mettre en avant l’humanité de ces enfants. La mission est un succès dès la fin du 1er tiers du film une fois la brillante introduction derrière nous.

Ça bien avant d’être un film d’horreur comme on peut le survendre à tort, est une coming of age story comme disent les Américains. Un moment dans la vie d’adolescents qui par la force des choses deviennent des adultes et s’affranchissent des chaînes qui les empêchent d’évoluer ou grandir. On s’attache immédiatement à ce groupe et ce sans le moindre mal. La suite logique qui en découle est que dès que l’horreur intervient on est totalement pris dans la dynamique des événements qui nous tombent dessus. La violence qui s’abat sur ces enfants aussi bien par le biais de Pennywise ou de forces extérieures provoque une tension tenace. On ne veut pas les voir souffrir ni mourir. Signe du bon travail d’écriture ou de réalisation qui définit Ça. On a tendance à l’oublier, du moins Hollywood, mais si le boulot autour de l’humanisation des personnages est fait avec sincérité et intelligence, alors oui 80 % de votre film tient déjà debout. Pour la simple raison que le spectateur est en phase avec les personnages. Le focus de chapitre 1 de Ça tient sur les loosers bien plus que sur Pennywise. Il est utile de montrer combien le personnage est une menace, un monstre prêt à tout pour assouvir ses besoins, mais le cœur du film reste ses ados. Et de par son casting 4 étoiles et sa réalisation impeccable dans le genre, Ça brise la malédiction qui voulait que soi-disant personne sauf Frank Darabont ne soit capable de rendre justice à l’œuvre de Stephen King au cinéma. La malédiction est brisée et putain que c’était bien. Seul ombre au tableau, il va falloir attendre 2019 pour la suite. Et c’est franchement loin.

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Cold Skin, la beauté du froid par Xavier Gens…

Au lendemain de la Grande Guerre, un officier météorologique de l’armée est envoyé sur une île isolée en Antarctique, dont le seul habitant est un vieux gardien de phare russe. La nuit venue, ils sont attaqués par des mystérieuses créatures marines.

La chose amusante avec certains réalisateurs est qu’ils prennent un malin plaisir à surprendre à aller là où on ne les attend pas et à nous donner de quoi revoir sous un autre angle ce qu’ils ont fait jusque-là. Dans mon cas, j’avoue, je voyais peut-être à tort l’œuvre de Xavier Gens comme quelque chose ayant une volonté féroce de plonger ses mains dans les entrailles du film de genre jusqu’à en ressortir avec un cœur encore battant baignant dans le sang. Un truc un peu caricatural en somme. J’appuie bien sur ce mot tant une fois que l’on a vu Cold Skin, la donne change. Loin des excès graphiques ou d’une nervosité inhérente aux films de genre un peu hardcore, Xavier Gens s’enfonce ici dans une vision de l’horreur et du fantastique bien plus atmosphérique. L’ambiance est digne de Lovecraft et de ces récits où l’on ne savait jamais vraiment où et quand le mal allait prendre forme et si d’ailleurs il n’était pas déjà tout simplement en nous. Cold Skin est aussi bien un film fantastique au sens lovecraftien du terme qu’un drama et une histoire d’amour un peu contre nature. La somme de ces forces en présence peut paraître contre nature, mais la véritable surprise tient dans la façon dont Xavier Gens réussit à faire que chacune de ces parties se complémente. Et d’une certaine manière son Cold Skin tient beaucoup de l’approche de Guillermo Del Toro avec son Hellboy 2. Le monstre tel que nous le percevons se révélant bien souvent plus complexe et humain qu’on ne le pense et surtout bien plus intéressant.

Et c’est principalement autour de ces monstres habitant l’île et de l’une d’elle en particulier que se structure l’histoire de Cold Skin. Xavier Gens ne cède pas à la maladie actuelle qui consiste à aller vite, tout le temps, à coller de l’action et du surdécoupage en permanence. Non Cold Skin est lent, un peu comme le Wind River de Taylor Sheridan. Les deux réalisateurs ont ce point commun de trouver la zone d’équilibre entre l’attention aux personnages et la nature qui les entoure. Cette dernière étant ici aussi un acteur à part entière. La mise en scène de Xavier Gens dans Cold Skin est assez exemplaire, loin d’avoir j’imagine un budget hollywoodien pour la réalisation de ce film, le rendu n’en souffre pourtant pas une seule seconde. Capable de créer de l’émotion sans pour autant vampiriser l’attention du spectateur sur un money shot pompeux, il crée avec parcimonie un univers inquiétant et surtout crédible. Cold Skin à des airs de porte d’entrée sur la fin du monde, la zone la plus abandonnée qui soit où l’homme se retrouve face à lui-même. Livré à ses propres démons et à la folie qui ne demande qu’à le dévorer. Que sommes-nous au fond sans amour ? Une personne à la dérive qui devient son pire ennemi et c’est au travers de ce point précis que se noue toute la lutte entre les deux personnages principaux masculins du film. Un combat entre les ténèbres et la lumière via Ray Stevenson et David Oakes. Et au milieu de ce match, Xavier Gens place la créature… dernier point de ralliement entre l’humanité et la folie. Contre nature, l’amour que les deux hommes lui portent est aussi beau pour que l’un que répugnant pour l’autre.

Xavier Gens place subtilement ses pions dans son histoire qui d’une minute à l’autre ne cesse de surprendre dans la finesse avec laquelle elle aborde des sujets au combien « touchy ». Rare aussi sont les réalisateurs français qui se mettent en danger. La plupart du temps quand un auteur de la jeune génération se lance dans le film de genre, il le fait sous le prisme du fantastique tendance bourrine ou de l’action rendant hommage aux standards du cinéma HK ou old school. Xavier Gens ici se lance dans une autre direction. Plus proche dans son approche du fantastique d’un cinéma espagnol qui assume pleinement son amour du fantastique et du potentiel humain et effrayant qu’il renferme, il crée avec ce Cold Skin une œuvre singulière. Film d’auteur de genre qui choisit de ne justement jamais s’enfermer dans un seul et unique genre. Passer au-delà des attentes du public, se mettre en danger et se donner cœur et âme dans une histoire et une romance où on ne l’attendait pas. Voici en quelques mots la somme des obstacles qui se dressait devant Xavier Gens. Des obstacles qu’il franchit avec une aisance assez déconcertante, faisant fi d’un budget moindre que les grosses productions et surtout de l’idée préconçue qu’un réalisateur français ne serait pas fait pour un film fantastique old school et loin des standards actuelle. J’entends par là, loin des idioties sans âmes qu’Hollywood peut nous servir dans le genre.

Non, Cold Skin à l’ambition d’un cinéma différent, les moyens qui vont avec et l’énergie aussi bien devant que derrière la caméra que l’on peut trouver absente de grosses productions. Loin de sa zone de confort, Xavier Gens livre avec Cold Skin un film multicouche et qui malgré certaines vagues de violences sèches est d’une humanité aussi froide qu’impactante en bout de course. Une excellente et inattendue surprise.