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Captain America : Civil War, l’indigestion de Marvel?

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Captain America : Civil War avait tout pour être l’événement absolu qu’attendaient les fans de l’univers Marvel. En bout de course est-ce que l’usine à gaz que le film représente réussit à accomplir son destin ? J’ai envie de dire un petit oui et une grosse zone de flou tendant vers le non. Est-ce que le film des frères Russo est raté ? Non, est-ce qu’il est aussi nerveux, impactant et sauvage que l’était le Winter Soldier ? Pas une seule seconde. La faute à un scénario jouant sur trop d’angles narratifs à la fois et ne réussissant pas à retrouver comme dans le précédent volet une certaine forme de tension narrative retenant l’attention du spectateur du début à la fin. Oui, à plus d’un titre Captain America : Civil War est divertissant et remplit haut la main les attentes des fans. Marvel est devenu un expert dans le domaine du fan-service et c’est d’ailleurs sa plus grande force… et faiblesse. Car en regardant ce nouveau volet des aventures de Captain America en surface et en profondeur plusieurs problèmes arrivent à la surface. Le premier étant les grosses ficelles pour plaire au public et mettre en place les films suivants, souvent au détriment de l’histoire centrale. Et dans un 2e temps, Captain America : Civil War développe une zone plus floue quand a son propos de fond. Le vrai problème (enfin si l’on peut définir cela comme un problème…) est qu’à la fin du film, dans un camp comme dans l’autre des Avengers, tout le monde aura prouvé en quelque sorte que le méchant du film… avait raison. Symbole d’une superpuissance refusant littéralement l’avis du reste du monde et ce même si dans la bataille, ils laissent derrière eux un nombre conséquent de victimes innocentes, les Avengers apparaissent comme des irresponsables dotés de pouvoirs les dépassant et dont ils sont désormais accroc se pensant supérieures à toutes formes d’autorités. Le parallèle avec l’attitude d’une superpuissance comme les Etats-Unis est massif et parfois la frontière entre le premier degré assumé et la critique sous couvert de blockbusters devient ténue.

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Captain America : Civil War n’a que peu de choses à voir avec le Civil War d’origine. Pour ainsi dire quasiment rien. En fait, le film apparaît pour être honnête comme un simple épilogue d’Ultron et du Winter Soldier. Les conséquences d’Ultron rongeant Tony Stark de l’intérieur et celle du Winter Soldier poussant Captain America à agir de façon illogique pour sauver son ami. Et je passe sous silence le fossé moral qui se crée entre Stark ne supportant pas l’idée d’avoir été à l’origine de la mort d’innocent et Captain América, justifiant cela sur des doctrines de combattants de la Seconde Guerre mondiale. Captain America : Civil War prend donc une option assez étrange, celle de littéralement rendre détestable sur le fond son personnage central, le faisant apparaître pour une sorte justicier ayant perdu toutes notions de logique… et c’est à partir de ce point que le film s’enfonce dans les choix les plus bizarres qui soient histoire de continuer à bien détruire une à une les attentes du public. Ce nouveau volet n’a que faire de la mythologie globale. Amenant au premier plan un twist monstrueux que l’on imagine avoir des ramifications incroyables pour le futur, les scénaristes prennent le parti de le faire exploser en vol pour amener l’histoire vers une résolution que l’on voit venir dès le début. Par certains aspects le combat entre Stark, Rogers et le Winter Soldier pendant tout le film a des vieilles allures de vaudeville où l’amant éconduit poursuit son grand amour qui a fui avec sa maîtresse. Je caricature, mais dans les grandes lignes, c’est un peu l’idée que cela donne quand on voit l’histoire de ce trio. C’est divertissant de par le talent comique ou naturel de Robert Downey Jr, mais cela reste malgré tout ultra-prévisible sur le fond comme sur la forme.

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Et c’est justement dans la forme du récit que ce Captain America : Civil War montre une fois de plus que Marvel applique encore et toujours les mêmes recettes. Reprenant le schéma de ce qu’ils font sur Netflix, Marvel s’appuie sur ce film pour présenter Black Panther et Spiderman. D’une certaine façon, Jessica Jones sur Netflix avait fait les mêmes choix pour les mêmes résultats. Luke Cage volant la vedette à Jessica Jones et le méchant devenant en bout de course plus mémorable que l’héroine. C’est le cas ici avec Captain America qui dans le fond n’est qu’un personnage secondaire du récit. Zemo, le méchant du film arrivant à créer une zone de doute quant à l’appréciation que l’on peut avoir de son personnage. Ses actions étant dans le fond compréhensible et finissant presque par le faire apparaître comme un personnage sur lequel on pourrait avoir de l’empathie. Sa scène de fin avec l’un des héros du film tout en demi-mesure montre aussi bien la douleur intérieure du personnage que le reflet de l’inconscience des actions des Avengers. Pas question d’Hydra ou quoi que ce soit, mais en jouant la case d’un rapport à l’humain parfois plus basique certes, ce nouveau volet de la saga accumule les choix bizarres. On n’est pas loin de cette saison 3 de Scandal où les scénaristes partis dans une roue libre infernale avaient fini par placer les personnages principaux à une distance ultra-lointaine de la zone de tolérance moral du public. Difficile de revenir aussi propre qu’avant quand au final de l’histoire on en vient à se dire que d’une certaine manière le méchant du film avait presque raison.

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Et pour enfoncer le clou, c’est justement dans les choix marketings grossiers que le film devient le plus brillant. Captain America : Civil War est en effet une voie de lancement pour Black Panther et Spiderman et il faut bien reconnaître que ces deux personnages sont tout simplement les meilleures du film. Black Panther apparaissant comme un véritable leader naturel et une force de la nature incroyable. Badass jusqu’àu bout des griffes, il dénote du reste du casting aussi bien de par ses aptitudes innées au combat lui permettant de rosser sans mal quiconque s’en prend à lui. Accessoirement une armure entièrement en vibranium cela aide… il ouvre aussi la porte a ce que pourra être la phase 4 de Marvel, des nouveaux personnages avec une autre approche. Pour le meilleur ou pour le pire, car en bout de course et même s’il fait preuve de plus d’intelligence, Black Panther apparaît comme un personnage encore plus guerrier que Captain America. Et comment passer sous silence l’autre réussite du film, Spiderman. Après la bataille économique de Marvel pour récupérer les droits auprès de Sony, il était évident que le studio allait tout faire pour mettre en avant son nouveau bébé. C’est ce qui se passe avec des grosses ficelles… et un peu d’illogisme dans les actions de Tony Stark. Personnage qui au début du film pleure la mort d’un ado… et quelque temps plus tard n’hésite pas à en envoyer un autre en plein milieu d’une gigantesque bataille où il risque tout autant qu’eux. Tout cela pour le bien de la mise en place d’une dynamique père/fils… entre les deux personnages. Tom Holland s’en sort à merveille ramenant le Spiderman vers ce qu’il est à l’origine et dont les autres adaptations avaient fini par s’éloigner : un gamin. Les pièces de l’échiquier sont en place pour le futur et l’on ne peut pas reprocher à Marvel, même s’ils font un travail de forceur par endroits, d’avoir mis du cœur à l’ouvrage.

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En bout de course que reste-t-il de ce Captain America : Civil War, un mix improbable de bons, de moins bons et de choix douteux à la sauce grosse ficelle. Le film souffre principalement de n’être au final qu’un prétexte et une passerelle pour les suites plus qu’un véritable film solide et autonome du début à la fin. The Winter Soldier l’était beaucoup plus tout en respectant malgré tout le cahier des charges Marvel. Captain America : Civil War laisse présager de ce que sera le mode narratif d’Infinity War ou le récit ne sera visiblement que le croisement d’histoires de multiples héros. On accuse James Gunn d’être un Yes Man, mais bizarrement je trouve que son gardiens de la Galaxie avait beaucoup plus d’âme et d’humour que ce Captain America : Civil War qui est au final un produit marketing ultra calibré et un peu creux. Même si l’étendue du fan-service dressera un magnifique écran de fumée devant le jugement de certains.

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