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Ça d’Andy Muschietti l’adaptation parfaite de Stephen King

Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur…

Ça avait tout dès le départ de sa production pour être un vrai naufrage sur patte, les bruits de couloirs laissant à penser que le changement de réalisateur ainsi que les retouches sur le script allait planter le film. La vérité est tout autre avec la découverte du produit fini. Ne vous laissez pas avoir par le train de la hype qui survend le côté horrifique du film, Ça en soit n’est pas le film le plus terrifiant qui soit, j’irai même jusqu’à dire que sur le niveau de l’horreur basique, il ne l’est pas du tout. Le cœur du film se joue ailleurs. L’horreur que le récit nous livre est insidieuse, dans les regards, les sous-entendus, les messes basses de la ville où se déroule l’histoire. La véritable horreur se loge dans les recoins du quotidien, celui que les héros du film ce groupe qui se nomme eux-mêmes les Loosers va devoir apprendre à gérer. Ça n’hésite pas à être sauvagement frontal avec des thématiques que l’on n’a pas trop l’habitude de voir aussi poussé quand des enfants sont aux centres de l’histoire : meurtre, racisme, pédophilie, Ça ne néglige rien pour donner chair à son récit. Cela surprend au départ, mais très vite on se rend compte à quel point cela nourrit intelligemment l’histoire, lui donne sens et surtout une âme si particulière. Et c’est autour de cela que se joue le vrai cœur du film, l’empathie quasi immédiate que l’on ressent pour ces enfants. Aussi bien à leur niveau qu’a celui de Pennywise, le film n’est qu’une introduction, une mise en bouche nous présentant chacun des camps en vigueur pour leur faire croiser le faire. Mais surtout pour que l’on soit bien conscient de ce que chacun est capable de faire. Ça (chapitre 1) est éminemment frustrant. Pour la simple et bonne raison que lorsque la fin du film arrive on ne veut qu’une chose : la suite.

Ce qui est un signe montrant combien Ça réussit son pari quasi impossible. Celui d’adapter en trahissant (en partie) l’œuvre de King. S’il y a bien un point sur lequel le film d’Andy Muschietti mérite toutes ses louanges, c’est bien le scénario. Ne serait-ce que dans la façon dont il réussit à mêler les histoires les unes aux autres lors de la présentation des personnages, de la virtuosité qui en découle, cette intro de film a des faux airs de perfection. Mais tout cela ne serait rien si devant la caméra, il n’y avait pas un groupe d’ados tout simplement parfait. On retiendra tout particulièrement Sophia Lillis et Jeremy Ray Taylor (Beverly et Ben), deux rôles en or pour deux acteurs qui se fondent dans des personnages pas évidents. Tout est fait de la part d’Andy Muschietti pour laisser à ses personnages de la place pour grandir et exister. Tous en bénéficient et font fructifier ce capital, mais c’est tout simplement flagrant sur ces deux personnages, la première de par la nature même de son rôle et la thématique toxique qui lui colle à la peau et le 2e de par son besoin naturel d’être accepter malgré son look qui le marginalise. Son personnage d’ailleurs est sûrement l’un des plus sincères dans le groupe et en même temps l’un de ceux qui prend le plus en frontal la violence de la ville, jusqu’à en être marqué dans son corps. La force de Ça et de son réalisateur Andy Muschietti reste de ne jamais perdre de vue la nécessité de toujours mettre en avant l’humanité de ces enfants. La mission est un succès dès la fin du 1er tiers du film une fois la brillante introduction derrière nous.

Ça bien avant d’être un film d’horreur comme on peut le survendre à tort, est une coming of age story comme disent les Américains. Un moment dans la vie d’adolescents qui par la force des choses deviennent des adultes et s’affranchissent des chaînes qui les empêchent d’évoluer ou grandir. On s’attache immédiatement à ce groupe et ce sans le moindre mal. La suite logique qui en découle est que dès que l’horreur intervient on est totalement pris dans la dynamique des événements qui nous tombent dessus. La violence qui s’abat sur ces enfants aussi bien par le biais de Pennywise ou de forces extérieures provoque une tension tenace. On ne veut pas les voir souffrir ni mourir. Signe du bon travail d’écriture ou de réalisation qui définit Ça. On a tendance à l’oublier, du moins Hollywood, mais si le boulot autour de l’humanisation des personnages est fait avec sincérité et intelligence, alors oui 80 % de votre film tient déjà debout. Pour la simple raison que le spectateur est en phase avec les personnages. Le focus de chapitre 1 de Ça tient sur les loosers bien plus que sur Pennywise. Il est utile de montrer combien le personnage est une menace, un monstre prêt à tout pour assouvir ses besoins, mais le cœur du film reste ses ados. Et de par son casting 4 étoiles et sa réalisation impeccable dans le genre, Ça brise la malédiction qui voulait que soi-disant personne sauf Frank Darabont ne soit capable de rendre justice à l’œuvre de Stephen King au cinéma. La malédiction est brisée et putain que c’était bien. Seul ombre au tableau, il va falloir attendre 2019 pour la suite. Et c’est franchement loin.

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