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Blindspotting, l’uppercut que l’on n’attendait pas le moins du monde.

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Blindspotting, c’est un peu comme une série d’uppercuts pour le moins sans pitié qui a la fin du match laissent KO debout.

Blindspotting est un film qui marche du début à la fin sur des œufs. En effet traiter du racisme, de la violence policière et de la place des noirs américains chez l’Oncle Sam en ce moment est aussi passionnant que casse-gueule. Et l’on pourrait à tort penser que le film prend le parti de se diriger vers une version américaine de la Haine. C’est en partie le cas, mais la force du récit est qu’en injectant un poil plus d’humour et d’espoirs entre les lignes, Carlos Lopez Estrada qui réalise ici réussit à trouver un point d’équilibre intéressant. Offrant ainsi à Blindspotting une identité propre et salutaire. Porté par 2 acteurs assez incroyables, le film est une surprise assez maline, naviguant entre clichés qu’il retourne et uppercuts stylistiques, il ne laisse pas indifférent, surtout quand arrive le final. Le pitch du film donne une bonne idée de ce qui attend le spectateur : Encore trois jours pour que la liberté conditionnelle de Collin prenne fin. En attendant de retrouver une vie normale, il travaille comme déménageur avec Miles, son meilleur ami, dans un Oakland en pleine mutation. Mais lorsque Collin est témoin d’une terrible bavure policière, c’est un véritable électrochoc pour le jeune homme. Il n’aura alors plus d’autres choix que de se remettre en question pour prendre un nouveau départ.

Blindspotting si je caricaturais la chose serait une version 1er degré et sans anesthésie de Beavis et Butthead. 2 personnages que l’on prend pour d’horribles loosers au 1er regard et dont soudain entre les lignes ou l’imposant listing de leurs erreurs, on commence à percevoir les failles et même par instants finesses. Daveed Diggs et Rafael Casal naviguent d’un point à l’autre de Blindspotting avec une aisance déconcertante, maniant l’humain poignant face aux aléas du système les traînant dans la boue et soudain l’humour. Un peu comme une sorte d’arme de dernier recours, un cynisme face au désespoir. Une rage retranscrite dans le rap pour l’un, dans la fascination des armes ou des codes d’une culture qui n’est pas la sienne pour l’autre. Le film est un portrait de 2 personnages à la dérive et qui en sont conscient, qui savent que la relation qui les unit à des aspects toxiques, mais qu’elle est aussi leur seule bouée de sauvetage face à la dureté du système qui les entoure. Est-ce que Blindspotting est déprimant sous ses traits d’humour sporadiques. Oui, car dans le fond son réalisme froid et clinique face au regard qu’il porte sur la place des minorités dans le système judiciaire ou social américain fout parfois la rage. A l’image du personnage principal sortant de prison et assistant à cette bavure. On se sent perdu dans un système qui n’a qu’une envie, celle de faire rentrer dans le rang et si ce n’est pas le cas, de briser la personne qui s’oppose. En l’occurrence ici les minorités au sens large.

Blindspotting prend le temps de contourner les lignes de démarcations qu’érige le système Hollywoodien. À la fois radical, frontal et en même temps grand public. La virtuosité du récit s’apparente au jeu de jambes d’un boxeur sur le ring. L’adversaire est le spectateur et l’idée est de la déstabiliser pour lui faire baisser la garde, le pousser dans ses retranchements et lui asséner la vérité de fin de partie. Un peu comme le personnage principal on ouvre les yeux sur les failles d’un système, le piège qui se referme sur une partie de la population et la difficulté d’évoluer ou de se sortir de ses griffes. Film indépendant qui se paye le luxe de retrouver la hargne qui avait à l’époque rendu la Haine de Kassovitz aussi intéressant, Blindspotting est un ovni. Le genre de ceux que l’on voudrait voir plus souvent car il donne envie de croire encore un peu plus chaque jour dans la vigueur du cinéma indépendant. Fort d’une maîtrise assez chirurgicale de son sujet et d’une envie saine de pousser le spectateur dans ses retranchements face à des sujets de sociétés pour le moins pesant, Blindspotting est une excellente surprise. Rugueux, frontal et agressif dans sa façon de faire passer le message qui est le sien, il en est pourtant nécessaire. Encore plus avec l’époque et les tumultes que traversent la société qui est la nôtre. À voir !

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