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Black Panther, Ryan Coogler dynamite l’écurie Marvel de l’intérieur.

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Black Panther est un film que j’attendais avec une certaine appréhension. Pas pour l’histoire dans le MCU mais pour tout ce que véhicule le film à l’intérieur et autour. Et la surprise est de taille.

Black Panther de Ryan Coogler n’est pas un Marvel commun. Quand on va voir ce genre de production, la chose que l’on attend est un grand divertissement. Le fond est accessoire, vu que l’on ne s’attend pas vraiment à voir un fond politique ou humain réaliste dans ces films. Ce n’est pas une critique, juste un cas de figure classique et qui je pense est accepté de tous. Mais alors que Marvel entame une nouvelle phase dans l’expansion de son univers, il le fait en se renouvelant. Thor Ragnarok était une comédie absolument jouissive s’inspirant de la folie des Gardiens de la Galaxie et poussant le curseur encore plus loin. Ce n’était pas forcément ce que tout le monde attendait, mais le public a très vite pris le train en marche. Black Panther de Ryan Coogler arrive dans l’ombre de ce succès et décide une fois de plus de balayer les attentes du public pour offrir quelque chose de différents. Un film déstabilisant par les choix radicaux qu’il fait sous son apparent respect du cahier des charges Marvel. Dans une époque où le président des États-Unis traite les pays d’Afrique de pays de merde, où la situation de la population noire est loin d’être idyllique, un film comme Black Panther est particulier et d’une certaine manière salvateur. Oui, cela ne reste qu’un film. Personne ne dira le contraire, mais en utilisant ce canal de diffusion de l’entertainement Ryan Coogler pervertit gentiment le système avec la bénédiction de Marvel/Disney. Oui, Black Panther est radical, politique et sans concessions dans son approche de la condition des noirs. Le tout via un Michael B Jordan qui dans la peau d’Eric Killmonger offre à l’univers Marvel sans nul doute son méchant le plus fondamentalement tragique et intéressant. Amenant le récit vers un point de non-retour où l’empathie du spectateur balance a plus d’une reprise vers lui.

 

black panther ryan coogler
L’optimisme sans faille de t’challa se heurtant à la vision ultra-pessimiste du monde qui est-celle d’Eric Killmonger. Deux facettes d’une même pièce par laquelle Ryan Coogler explore deux aspects d’un large problème : l’oppression, le racisme, la représentation et comment l’on peut réussir à aller de l’avant face à cela. Fidèle à l’esprit des Blacks Panthers, Killmonger ne voit qu’une seule solution pour ce problème : la violence. Reprendre les tactiques de l’oppresseur pour les retourner contre lui et asseoir une nouvelle dominance. Personnage sulfureux, la radicalité extrême de son propos et mode de pensée surprend pour un Marvel. Le tout pour une simple et unique raison, il n’est pas un demi-dieu, un extraterrestre, rien de tout cela. Nous sommes devant un personnage humain qui s’est forgé dans la haine et la rancœur. Opprimé par la société et rejeté par les siens, abandonné entre deux feux, il a créé quelque chose de nouveaux pour survivre en s’imaginant en potentiel leader apte à ouvrir une résistance/guerre contre ceux opprimant son peuple. Et la subtilité de la chose est qu’en temps normal un tel radicalisme aurait dû rendre le personnage détestable et insupportable. Mais pris dans les tourments de notre époque, il apparaît alors comme le symbole d’un mal que la société à créer. En rejetant au lieu de tendre la main et en se terrant dans une certaine vision réductrice d’un peuple, la société crée elle-même ses futurs Killmongers. La relève des Black Panther de l’époque et en creusant les entrailles du personnage, on se met à se demander si l’on peut ou doit sincèrement le haïr. Les manifestations de la communauté noire aux États-Unis trouvent un écho dans ses paroles. On se dit que l’étincelle menant vers le brasier qu’il représente n’est peut-être pas si loin. Et le twist est que dans le fond on n’arrive pas forcément à le rejeter de fond en comble.

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Black Panther de Ryan Coogler a beau être le film sur T’challa, Killmonger par la force des choses lui vole la vedette a plus d’une reprise. Miroir l’un de l’autre, ils se complètent, l’un étant le reflet positif de l’autre et le second le miroir de tout ce qu’il aurait pu devenir facilement. Et c’est via ces deux portes d’entrée que le film joue la carte de la représentation. En élargissant de façon centrique l’univers autour de ses deux hommes et en le peuplant de héros noirs. Dit comme ceci, la chose est anecdotique… et pourtant. À titre personnel après avoir grandi pendant des années dans un système totalement formaté dans le cinéma ou noir = sidekick, rigolo de service ou pleins d’autres dérivations narratives, le fait de voir un casting afro pas définis par sa couleur de peau mais traiter en véritables personnages fait du bien. C’est la 2e force de Black Panther, celle de rebattre simplement et sans forcer les cartes. Oui, la charge politique au travers de Killmonger est d’une radicalité absolue, mais pour le reste nous sommes devant des personnages point barre, oui, cela se passe en Afrique et oui, cela respecte l’ADN de ce pays à merveille. Mais cela ne tombe jamais dans le poussif inutile. Black Panther de Ryan Coogler aurait pu être un incident de parcours, un changement de ton si fort dans l’ADN Marvel cinéma que la machine aurait dû imploser sur elle-même. La vérité est que non. Bien au contraire le film est l’un des premiers Marvel qui revient à la source de ce qui fait un bon comics, savoir s’inspirer du réel et de problématiques du quotidien pour les infuser dans un imaginaire offrant aux plus grands nombres la chance de s’y investir.

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Black Panther de Ryan Coogler fait du début à la fin du film un numéro d’équilibriste assez impressionnant. Remplissant les attentes de Marvel sans forcer et élargissant l’univers de ce dernier pour le raccorder pour une fois dans un réel proche. Certains verront un coup marketing de la part de Marvel en ciblant la communauté noire via Black Panther. Peut-être, mais ce que l’on ne pourra jamais enlever a Black Panther est que ce ciblage se fait en dehors de toutes absences de sincérité. Que ce soit dans l’art de la représentation positive ou dans le fait de raccorder les parties sombres de l’histoire afro-américaine à la timeline Marvel, Black Panther de Ryan Coogler crée un univers aussi particulier que fascinant. Nous ne sommes plus devant un Marvel lambda de Yes -Man comme on a pu en voir trop souvent. Il y a un vrai point de vue, une radicalité surprenante et un vrai respect de la communauté a qui s’adresse en grande partie le film. Il ne s’agit que d’un film et peut-être que cela ne changera rien pour les années à venir, mais à l’instant T, il faut prendre ce Black Panther pour ce qu’il est, un film ne cherchant pas à rentrer ses griffes sur son aspect politique et un vrai pas en avant dans une représentation valorisante de ce que l’on se contente à tort de souvent qualifier par la force des choses de minorités. Black Panther plaira-t-il à tout le monde ? Bonne question. Tout dépendra de votre acceptation du côté rugueux du cœur du film. Et ce dernier n’est pas Chadwick Boseman mais bien Michael B Jordan qui en duo une nouvelle fois avec Ryan Coogler prouve que les deux sont destinés à de grandes choses. Une œuvre à part dans le MCU, mais définitivement passionnante par tout ce qu’elle tente d’amener sur le devant de la scène pour le futur. Validé.

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