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[Billet d’humeur] Parfaitement imparfait…

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 C’est quoi ton rapport avec dessin ? Elle est en face de moi et me pose la question les yeux dans les yeux. Je n’aime pas qu’on me fixe en mode inquisition. J’ai beau avoir une légende urbaine d’ours des forêts marchant à côté de moi, certaines personnes savent me mettre mal à l’aise en le faisant. Je tourne autour du pot, je ne dis rien, je me mure dans un semi-silence, je tourne autour du pot et essaye de botter en touche via une blague, elle ne lâche pas l’affaire. J’ai jamais compris pourquoi tu dessinais autant. Cela a commencé tôt. Je voulais être animateur dans les studios Disney quand j’étais ado. Est-ce que j’aurai pu ? Peut-être si par fainéantise, je n’avais pas laissé tomber. En fait, je pense surtout qu’au-delà de ce fait, j’avais peur. Je n’étais pas sûr de moi. Je ne lui suis pas forcément toujours plus aujourd’hui, mais je me soigne. À ma manière, c’est lent, c’est laborieux, c’est maladroit et décousu, mais j’essaye. J’ai laissé tomber le dessin pendant près de 20 ans en fait. Pas tout à fait, mais pas loin non plus. Je faisais des dessins de DBZ, de Disney, des paysages, j’essayais tout. C’était foireux souvent, parfois bien et avec le temps mieux. Il n’y a pas de secrets. Puis j’ai arrêté. D’un coup. L’adolescence. On se pose trop de questions et souvent pas les bonnes.

Elle me repose donc la question et au fond je ne sais pas forcément quoi répondre. Le dessin et moi c’est juste dans mes gènes. C’était là depuis toujours, un cadeau…Mon père a fait du dessin industriel. Le crayon et lui cela collait aussi comme une seconde nature. Le pipeau aussi, mais cela c’est une autre histoire. Je n’ai jamais rien eu de bien de lui, c’est le passé on fait avec, c’est banal comme histoire. Je n’ai donc jamais rien eu sauf ce coup de crayon en héritage. Et dans le fond j’ai passé des années inconsciemment à le rejeter bêtement pour des questions de fierté mal placée ou je ne sais quoi. Ma relation avec le dessin est donc pourrie à la source. Bêtement cela me ramène à quelqu’un pour qui je n’ai pas d’amour et que du mépris. Et j’ai passé des années assis sur cette haine silencieuse qui au final à pourri aussi bien l’adn de ce que je suis que la patience de ceux tentant de m’approcher. C’est bizarre la psyché d’un mec qui se cherche depuis des années. Puis un jour bizarrement il y a quelque temps c’est revenu. Je n’ai jamais été doué pour le relationnel, je suis très franc dans mon approche de la relation humaine. Si vous ne m’intéressez pas, je ne vais pas faire d’efforts pour le cacher. C’est moche, je sais, mais je suis ainsi. Mais d’un autre côté si j’apprécie la personne en face de moi mon attitude sera parfois perçue de la même façon, je ne m’épanche pas. Je ne suis pas très démonstratif. Puis un jour j’ai perdu ce sac à puces que j’adorais vu qu’il était comme moi, illogique, capricieux et teigneux. On s’était trouvé en quelque sorte. J’ai toujours eu plus d’attachements pour les animaux que les humains. Et en tournant la page pour ne pas aller dans mes penchants noirâtres je me suis accroché à la première bouée possible.

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Un truc que j’avais laissé au vestiaire depuis des années. Dans la longue liste de mes défauts, il y a celui d’être obsessionnel. Quand je me fixe sur un truc pour x ou y raisons et que cela ravive le feu de mon intérêt, rien ne m’arrêtera. Sur ce coup-là, j’avoue que j’ai eu besoin de dessiner pour penser à autre chose. Oublier et c’est là que j’ai découvert bizarrement que le temps perdu ne reviendrait pas. Oui l’épiphanie à la con. J’avais mis de côté pour rien un petit cadeau qui aurait pu m’être utile pour plein de choses. J’ai noirci de la feuille, j’ai mis en ligne et j’ai pris la décision d’essayer de ne plus avoir la trouille. C’est con à dire, mais qu’on me critique sur ce que les gens pensent savoir de Chandleyr ou de ma vie numérique ou autre m’en touche une sans remuer l’autre. Le milieu qui est le nôtre n’est rien d’autre qu’un gigantesque garde-meuble dans lequel les gens cachent à l’abri ce qui dérange pour paraître plus clean ou à défauts l’exhibent sous un autre pseudo. L’exhibitionnisme numérique nous touche tous à différents niveaux. Mais pour moi montrer des photos ou des dessins est plus personnel donc plus épineux. Cela va contre ce que je suis, un mec discret qui n’a pas d’envie particulière d’exposition. Je vis très bien le calme. Est-ce que j’ai un ego ? Sûrement qui n’en n’a pas ? Du coup on peut dire que le challenge au final très con aura été de m’ouvrir et de montrer un peu autre chose. Et c’est en cela que j’ai vu une certaine utilité à cette activité que jusque-là j’avais mise de côté.

Cette année j’ai perdu une personne proche et d’une certaine façon même si j’ai toujours un peu l’esprit entre deux, je suis assez content d’avoir repris par la force des choses. L’évasion que procure le dessin parfois n’a pas de prix. J’ai encore du mal à créer complètement, souvent je flippe encore juste à l’idée de devoir me comparer à d’autres personnes dessinant eux aussi. Je ne suis pas mauvais avec un crayon dans les mains, mais la première chose à retenir est qu’il y a toujours meilleur que ce soit. Il ne faut pas que ce soit un frein, mais plus un marqueur de l’étape à rattraper et à franchir pour assumer ce que l’on a envie de devenir. Donc oui, aujourd’hui, je commence un peu à voir les contours et limites de ma relation avec le dessin. De l’origine de ma vie de couple avec ce truc à l’intérieur de moi, des raisons de mon divorce avec ce fardeau et de mon besoin de revenir vers lui pour au final transformer la haine passive qui m’habite en quelque sorte. On détruit beaucoup de choses avec de l’amour, mais on ne construit rien de solide sur de la haine non plus. Donc aujourd’hui et après quelques années de merde à courir à côté de ma vie, je commence un peu à voir l’horizon. Ma relation avec le dessin au final c’est juste d’avoir fini par comprendre que j’étais parfaitement imparfait et que j’avais le droit de douter, mais que si je ne croyais pas un peu en moi les gens finiraient par se lasser de le faire pour moi. C’est parfois aussi con que cela d’ouvrir les yeux.

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