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Bienvenue à Suburbicon, le Fargo de George Clooney!

Bienvenue à Suburbicon est sans nul doute l’oeuvre la plus sombre de Clooney. Ecrit à plusieurs mains avec les frères Coen, il livre ici un récit d’une noirceur sans pareil.

D’habitude quand on s’attaque à la découverte d’un film de George Clooney, on s’attend à une vision du monde au couteau. Un regard sans trop d’effets de manches, trempé dans un humour décalé pour faire passer la chose. On s’attend à du décalage et du style. Mais l’on ne s’attend pas forcément à ce que d’un coup d’un seul, la réalité télescope de plein fouet plusieurs séquences du film et finit par faire froid dans le dos. Transformant en un clin d’œil ce que l’on pensait être une comédie en une étude clinique froide et d’une noirceur absolue sur les maux de l’Amérique qui même avec les décennies qui passent ne changent pas. Pire encore, reviennent sous une nouvelle forme tout aussi violente et insidieuse. En lisant le pitch de Bienvenue à Suburbicon, on se laisse avoir par l’aspect classique de la chose : Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence… Bienvenue à Suburbicon. On entre de plein pied dans le rêve américain, avec les voisins parfaits, les maisons qui donnent l’impression de vivre dans un village de poupée et soudain tout s’écroule. La tolérance, le rêve à l’américaine s’effondre sur lui-même laissant apparaître le vieux démon du racisme. Et c’est à partir d’ici que Bienvenue à Suburbicon commence soudainement à faire froid dans le dos.

Bienvenue à suburbicon george clooney matt damon

Ecrit avec les frères Coen, Bienvenue à Suburbicon est l’œuvre la plus sombre du trio. Un peu comme si avec le temps qui passe chacun d’eux avaient fini par perdre le moindre espoir en l’Amérique. Qu’ils la voyaient tous pour ce qu’elle est… enfin du moins pour ce que ses habitants sont : des hypocrites racistes jusqu’à l’extrême, prêt à tout pour se construire une nouvelle vie. Il n’y a quasiment pas de personnages positifs dans le film (les voisins, les enfants, l’oncle…) sont les rares îlots d’humanité de ce film. Et cette notion est mise à mal tout du long. Personne ne cherche à les épargner ou à les cajoler. Bienvenue à Suburbicon est une jungle à l’image de l’Amérique. Seul les forts s’en sortent et comme le dit le jeune garçon victime de racisme avec sa famille tout du long du film et ce jusqu’à un déferlement de violence malsain « Il ne faut jamais rien leur montrer, quoi que l’on ressente, ne jamais rien laisser paraître ». N’allez pas voir ce film en pensant voir une comédie, l’histoire fonctionne en deux temps roulant en parallèle, la lente dégradation de la ville et sa faune qui sombre dans le racisme le plus malsain et l’histoire de meurtre touchant la famille de Matt Damon. George Clooney et les frères Coen imbriquent ces deux axes narratifs pour au final plonger le spectateur dans un malaise de plus en plus poisseux. L’axe sur le racisme et la façon dont cela agit comme un révélateur de la société américaine de l’époque… trouve un horrible écho de nos jours avec les événements de Charlottesville. Les foules prêtes à lyncher, la haine suintant par tous les pores de la peau de ses habitants que l’on pensait si tranquille. George Clooney ne prend pas de pincettes. Certes, il camoufle le tout sous les traits d’une comédie policière affreusement cynique, mais le maquillage est si léger que cela ne trompe personne. On est du coup partagé entre le rire sincère et à plus d’une reprise ce grincement de dents.

Bienvenue à suburbicon george clooney matt damon

Matt Damon change d’ailleurs son fusil d’épaule via un personnage de lâche assez flamboyant et parfois très froid dans ses actions. Doté d’un casting 4 étoiles, Bienvenue à Suburbicon n’en reste pas moins un objet déstabilisant. Ce n’est un secret pour personne que la conscience politique de George Clooney tout comme ses engagements ne sont plus à remettre en question. Et ici avec son film, il pervertit le système et les attentes du public pour sous couvert d’une comédie nous renvoyer au visage ce constat sans le moindre appel. L’Amérique des années 50 qu’il dépeint est toujours la même. Le vernis change, la devanture, les fleurs sont différentes, mais en coulisses le même mal ronge le pays et ses habitants. On construisait des clôtures pour isoler les noirs et empêcher l’intégration, des hommes et femmes rêvaient de les brûler. Des années plus tard rien ne changent bien au contraire, les tensions sont toujours aussi fortes et le pays au bord de l’explosion. Et au milieu les mêmes ersatz d’être humains essayent de passer entre les mailles du système en lui tendant des pièges qu’ils pensent géniaux et qui se retournent contre eux. En fait la meilleure description de Bienvenue à Suburbicon par George Clooney, c’est la vision pessimiste d’un homme voyant son pays continuant de se replier sur lui-même et l’esprit très Fargo des frères Coen enveloppant le tout dans une histoire dont la noirceur en laissera plus d’un sur le bord de la route. Tout sauf commercial, le nouveau film de George Clooney est une œuvre dont le manque de sex-appeal en apparence renferme pourtant tous les ingrédients des grands films une fois que l’on digère bien la chose. C’est bien de se faire surprendre encore de temps en temps au cinéma. C’est le cas ici avec ce Bienvenue à Suburbicon. Validé.Bienvenue à suburbicon george clooney matt damon

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