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Beware of the Slenderman, bienvenue en enfer!

Beware of the Slenderman de Irene Taylor Brodsky est-il un des documentaires les plus dérangeants et malsains que j’ai vu depuis longtemps ? J’ai envie de dire un énorme oui. Dès le départ et la lecture du pitch (une enquête sur une tentative de meurtre faite par deux ados de 12 contre une 3e fille de leur classe… et la raison… une légende urbaine du net), quelque chose va commencer à vous mettre en alerte. Nous ne sommes pas dans le genre classique du documentaire plan-plan qui va aller d’un point A vers B. La réalisatrice utilise tous les atouts a sa disposition pour rendre le récit encore plus réaliste et déstabilisant. Mélangeant le réel et la fiction pour appuyer son propos, Irene Taylor Brodsky se révèle assez vite comme étant un des regards les plus froids et clinique sur les dangers de l’internet pour la jeune génération. Non, le film n’est pas un plaidoyer moralisateur contre Internet, mais un outil intelligent qui dans le cadre d’un récit maitrisé de bout en bout dans les codes du documentaire fait mouche à plus d’une reprise. Glaçant pourrait être le mot le plus adéquat pour définir ce film. Le parcours de ces deux enfants au début est presque capable de nous faire douter de notre propre jugement. Ce ne sont que des enfants se dit-on, puis les parents arrivent dans l’échiquier, le malaise et la détresse qui est la leur renforcent encore plus la gigantesque abysse dans laquelle le spectateur finit par tomber. Car loin des films d’horreur s’appuyant sur des éléments trop fantastiques, le socle qui constitue la base de Beware of the Slenderman est réel et c’est bien ce qui s’avère terrifiant plus le documentaire progresse.

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Dévoilant sa narration avec un calme chirurgical, il est presque facile pour le spectateur de se laisser aller à une éventuelle envie de comprendre les enfants (la faute à la société, un tissu social ?, l’éventail des raisons en carton sont légions) Mais très vite, la réalité nous rattrape et le portrait qui se dévoile des deux adolescentes apprentis meurtrières dépasse ce que l’on est habitué à encaisser. L’âge des « tueuses » est le premier coup de grâce… 12 ans, 19 coups de couteau. Des suites de faits qui glacent le sang, mais ce n’est rien en comparaison de cette plongée nauséeuse dans les contours des deux profils psychologiques. Au fil du temps qui passe lors de l’enquête, on découvre ces deux filles grandissant et évoluant. L’une se cimentant dans le costume de la potentielle tueuse ultra-dangereuse de par son absence d’empathie et d’émotions (le passif familial est le coup de grâce) et l’autre dans son rôle d’adolescente qui donne l’impression de ne toujours pas comprendre la gravité de ce qu’elle à fait. On regarde la chose avec un regard de plus en plus lointain comme si l’on voulait se détacher de ce que Beware of the Slenderman nous renvoie au visage. Non à 12 ans, il arrive que l’on est d’autres préoccupations que celle de jouer à la console ou tout autre chose aussi futile. L’inclusion du réel, du net et des légendes urbaines qui le peuple et l’impact que tout cela peut avoir sur la psyché en formation des adolescents est effrayant car bien trop réel. Et c’est la grande force de ce documentaire. Montrer comment au travers de légendes qui n’auraient jamais du quitter le berceau du net d’où elles reposaient, l’horreur peut naître et pervertir sans le moindre mal les soi-disant innocents.

Jouant habilement avec les codes du documentaire et les artifices des films d’horreur, Beware of the Slenderman réussit à créer une sorte d’hybride dans son genre. Est-ce que le film est parfait ? Il ne sera pas forcément du goût de tout le monde de par la lenteur de son rythme. Analyse psychologique sans états d’âme montrant les faits tels qu’ils sont, ce que nous renvoie le documentaire d’Irene Taylor Brodsky donnera parfois envie d’aller voir ailleurs pour regarder quelque chose de plus léger. Ce serait en partie une erreur. Car il est inutile de fuir la réalité, à la différence des légendes urbaines, elle finit toujours pas nous rattraper d’une manière ou d’une autre. Et dans le cas de Beware of the Slenderman on en vient à se demander ce qui est le plus terrifiant : le monstre ou ceux que la société à créer en son honneur ? Surement l’un des documentaires les plus profondément déstabilisants sur le fond que j’ai vu ces derniers temps.

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