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Batman vs Superman, Zack Snyder rénove l’aura de Batman

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Batman vs Superman. Tout est dans le titre. La promesse d’un affrontement légendaire. En fait non, le marketing a voulu vendre au public un film que Batman vs Superman n’est pas. Ladite scène tient dix minutes au milieu du film et l’action n’est pas toujours le moteur premier du récit. Le film de Zack Snyder se focalise sur autre chose : Batman. Oui, ici le cœur du film est Batman. Superman au final n’est qu’un guest de luxe. Mais est-ce vraiment un souci ? Non, pour la bonne raison que le centre névralgique de la Justice League… est Batman. Il est le Nick Fury sociopathe de DC. Zack Snyder tout comme il l’avait en partie fait pour Man of Steel revoit les fondations du personnage. Le tout avec l’aide d’un Ben Affleck signant ici la meilleure incarnation de Batman et Bruce Wayne. La mission en elle-même de ce Batman vs Superman avait quelque chose d’impossible : passer après Marvel, créer une mythologie dès le premier film pour rattraper le retard et donner assez d’espace a Batman pour à son tour exister. La mission est-elle accomplie ? Personnellement je trouve que oui, même si la route que Zack Snyder prend pour cela en chagrinera plus d’un.

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Batman vs Superman à l’époque des films Marvel fait figure d’Ovni se tirant presque une balle dans le pied d’entrée. Le film n’a pas la moindre once d’humour, il ne la cherche jamais et assume du début à la fin son aridité de ce côté. Et d’une certaine façon tant mieux pour la simple et bonne raison que cela colle parfaitement au personnage de Bruce Wayne / Batman. Loin de l’image lisse qu’avait un Keaton, Clooney ou Bale, Ben Affleck est autre chose. Le Batman que l’on rencontre ici a 20 d’expérience et un passé où l’on devine a plus d’une reprise dans le film jalonné de mort. Cela joue énormément sur la personnalité de Wayne et ce que l’on découvre ici est un Batman beaucoup plus sadique et border line que d’habitude. Zack Snyder se fait d’ailleurs plaisir dans la façon d’aborder cette facette du personnage, la violence est en partie le moteur de Batman, il oppose cette dernière à la pureté de Clark Kent pour d’une certaine façon faire réagir ce dernier et l’obliger à voir les choses autrement. La vraie bataille du film entre les deux personnages n’est jamais au niveau physique (qui reste un élément de comm faussement aguicheur) non, le vrai duel se joue en coulisses entre les deux hommes au niveau psychologie. Un homme face à un Dieu et l’idée du début à la fin reste de montrer que les passerelles existent malgré tout. Et c’est ici que Snyder modifie la structure classique que l’on attendait…

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C’est en cherchant ces passerelles que Zack Snyder en laissera peut-être plus d’un à la rue, Batman vs Superman est sûrement le film de superhéros avec la plus forte connotation religieuse que j’ai vu depuis un bail. Pas toujours heureuse, je le reconnais d’ailleurs. Mais, même au travers de cette problématique, le film réussit à exister en dispatchant les tenants et aboutissants de ces questionnements autour du statut de Dieu parmis les hommes sur différents personnages. L’ombre de ce « Dieu » marquant de la mythologie DC plane du début à la fin, traquant Batman dans ses rêves et obsédant indirectement Luthor. Batman v Superman n’échappe pas à la règle du teasing, l’avantage est qu’ici au lieu de le faire en bout de course comme un Marvel, il incorpore la chose directement dans le récit, aussi bien via Wonder Woman pour son film a venir, que d’autres surprises s’emboîtant d’ailleurs assez bien à l’histoire. La plus intéressante est sans nul doute celle que lorsque j’ai vu le film… Personne n’a compris. Insidieusement via l’apparition d’un personnage accolé à l’hallucination de Bruce Wayne dans son labo, les scénaristes plantent les graines d’un possible lien avec l’une des franchises DC les plus fructueuses du catalogue. Les pièces sont là, ne serait-ce que par les propos de Snyder sur les possibles multiverses et la romance appuyée entre Lois et Clark. Tout comme l’importance qu’elle a pour lui… et si l’on a l’oreille qui est attentive, certaines phrases de Clark a Bruce Wayne dans ce cauchemar sonne comme un intrigant Warning pour le futur de ces deux hommes et les prémices du vrai combat entre eux…

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Batman vs Superman apparaît du coup comme un objet démesuré dont la somme des ambitions le laisse loin derrière le peloton de tête Marvel. DC avait la possibilité de faire pareil et de ne pas chercher a se différencier. Ce n’est pas le cas. Rendant hommage a du Miller dans son imagerie, aux incarnations passés des personnages, Luthor en tête, loin d’être aussi agaçant et cabotin qu’on le dit Jesse Eisenberg se révèle très bon dans le rôle de Lex, incarnation parfaite de ce que Mark Zuckerberg serait s’il passait du côté obscur de la force. Batman vs Superman repose sur un quatuor, Clark, Bruce, Lex et Wonder Woman. Les 4 pilliers de l’histoire et la saga à venir. Réussir a faire pleinement exister à armes égale tout le monde sur aussi peu de temps avait quelque chose d’impossible et Zack Snyder n’y réussit pas forcément complètement. Mais même si le film se perd un peu en route sur la fin (principalement ce combat final qui a parfois des allures de remplissage du cahier des charges), il n’en reste pas moins que Batman vs Superman est une œuvre assez intéressante. Il y a largement la place pour que DC existe sans mal au côté de Marvel. Le vrai combat se joue juste dans l’esprit du spectateur quelque peu formaté par des années de Marvel. Studio qui livre chaque année ce qui est devenu au final une formule bien rodée. Chemin dont ils ne veulent plus sortir. DC avait le choix de se fondre dans le moule ou de sortir du lot.

Batman vs Superman assume complètement ses choix et ne cherche pas forcément à plaire. La relecture des personnages (Batman en tête) est plus sombre. L’espèce de catharsis du 11 septembre que l’on ressent en permanence est efficace. L’approche de Snyder en confrontant la pureté/naïveté de Superman a la réalité du monde (vu par Batman) donne une tonalité aussi froide que plus réaliste a ce film. Batman vs Superman pioche dans l’imagerie des comics autour du personnage (Miller…), la sauvagerie d’un Arkham Knight dès que Batman enfile les gants, le religieux pour définir ces Dieux marchant parmi les humains et la peur que ces derniers éprouvent en se confrontant à eux. Il y a boire et à manger dans ce film. Batman vs Superman a d’une certaine façon les qualités et défauts d’un film à la Christophe Gans. C’est ambitieux, parfois trop, mais c’est aussi diablement généreux et cela tente d’offrir quelque chose de différent. Le genre de risques que plus beaucoup de réalisateurs sous l’égide de studios frileux n’ont envie de prendre. Ce n’est pas le cas de Zack Snyder sur Batman vs Superman et franchement tant mieux. Une très bonne surprise.

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1 Comment

  • Reply
    Tleilaxu
    avril 19, 2016 at 8:16

    Merci pour cette critique constructive. Ca fait plaisir.

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