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Baskin-Can Evrenol- Critique du film

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Durant une ronde nocturne dans la banlieue d’Istanbul, cinq policiers se retrouvent pris au piège dans les décombres d’un vieux bâtiment en ruine et vont devoir affronter une secte menée par un inquiétant gourou. Pour son premier long-métrage, le Turc Can Evrenol adapte un de ses courts-métrages remarqué et maintes fois primé dans les festivals (et en compétition à L’Étrange l’an dernier). Un film tourné en seulement 28 nuits, structuré comme un cauchemar enfantin et labyrinthique qui cite aussi bien Sa Majesté des mouches de William Golding, Only God forgives de Nicolas Winding Refn et les films de John Carpenter des années 80. Tout comme It Follows l’an passé, une des belles découvertes de cette édition et la naissance d’un auteur à suivre.

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Le propre d’un festival est de faire croire aux spectateurs que ce qu’ils vont voir est la pépite incroyable. Parfois, c’est le cas. Mais, il y a aussi ce genre de moments assez gênant où la mayonnaise ne prend pas. Alors oui Can Evrenol dont Baskin est le premier film est peut-être un type adorable qui possède des références a ne plus quoi savoir en faire. Le hic est que cela ne sauve pas Baskin. Le film de Can Evrenol est certes stylisé… Mais, ce qu’il prend en style, il le perd totalement en fond. Oui Baskin est atrocement creux. Pire n’a strictement aucun sens et se termine sur une pirouette de fainéant qui en énervera plus d’un. Vendu comme le renouveau de l’horreur ou une alternative réussi à ce que Rob Zombie n’arrive toujours pas à faire, il faut arrêter de se mentir, Baskin de Can Evrenol est une arnaque. L’avalanche de gore n’étant là que pour cacher la maigreur absolue du script et quand je dis cela, je suis encore relativement clément.

Et il vous en faudra de la clémence pour trouver des choses à sauver dans ce Baskin. Je n’ai rien contre les films prenant le parti d’une descente en enfer. Rien contre ceux prônant un jusqu’au-boutisme craspec quand on en vient au gore. Encore faut-il que cela possède le moindre sens, Baskin sous prétexte d’un délire partant littéralement dans tous les sens n’en a pas. L’histoire de la secte, du rapport qu’elle entretient avec le jeune flic et de tout ce qui se passe ensuite n’est qu’un prétexte. Une arnaque diront certains, car au-delà de l’étalage de ces idées de mise en scène piochant dans des années de cinéma d’horreur Can Evrenol peine a inventé quoi que ce soit de neuf. Ces personnages sont au mieux antipathiques au pire creux et le scénario ne fait qu’accentuer. La longue descente en enfer de cette équipe de policier est malheureusement moins pénible que celle du spectateur. Pris dans les délires gores et malsains que Can Evrenol met en place on s’ennuie. Car pour que le gore soit effectif ou que l’horreur baroque ou grotesque fonctionne en profondeur, il faut a minima que l’on y comprenne quoi que ce soit. Can Evrenol se fout littéralement de cette problématique et du coup enterre littéralement sur place Baskin.

Certes, il y en aura toujours pour se retrancher derrière l’excuse que Baskin peut-être vu comme un exercice de style… Dans ce cas-là, inutile d’en faire un long, il suffisait de rester sur le court-métrage d’origine et de passer à autre chose. À l’image de bon nombre de films de genre reposant sur le gore à outrance et la volonté de choquer pour créer un sentiment même artificiel Baskin est beaucoup plus pénible que mémorable. Can Evrenol accouche d’un véritable pétard mouillé dont les influences sont tellement multiples qu’elles finissent en bout de course par vampiriser complètement le projet et l’empêchent d’avoir une identité proche. On ne rentre jamais du coup véritablement dans l’histoire et les actions s’enchaînant ne sont jamais rien de plus que les soubresauts désespérés d’un réalisateur désirant que l’on s’intéresse malgré tout à son film quitte à choquer artificiellement pour cela. À beaucoup d’égards Can Evrenol me fait penser à la version Turc d’Eli Roth. Même sens de l’excès et au final même talent pour brasser du vent. Espérons juste que si prochain film il y a… Cette fois-ci Can Evrenol n’oubliera pas d’écrire un scénario. Ce n’est pas grand-chose, mais cela vous change un film…

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