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Si j’étais un homme, l’accident industriel de l’année…

Si j’étais un homme aurait pu être un bon film. Je reconnais que le sujet n’est pas plus mauvais qu’un autre et avec un bon scénario et une mise en scène solide il y avait de quoi tourner ce postulat de départ casse gueule « une femme se réveille un matin avec un sexe d’homme… » en quelque chose de drôle et pourquoi pas avec plus de fond qu’on ne le pensait au départ. Mais tout cela reste du domaine du rêve non accompli. La vérité est bien différente et même si je pense qu’Audrey Dana sur scène au théâtre est une immense actrice et que je ne remets pas en cause dans la globalité ses talents de réalisatrice, il faut bien reconnaître que Si j’étais un homme a tout de l’accident industriel, la chose génante et pas drôle qui vous laisse perplexe aussi bien sur le fond que la forme. Comme je le disais plus haut, oui le sujet est un peu particulier. Mais sur un malentendu, la chose aurait pu passer. Cela n’arrivera jamais. Rien ne fonctionne et très vite la consternation devient votre meilleur ami tout du long.

Commençons par le début. Si j’étais un homme part d’un principe simple, les hommes ne pensent qu’avec leur sexe à défaut d’avec leur cerveau. On se dit pourquoi pas, il n’y a pas que du faux là-dedans et le parti pris de la caricature aurait pu fonctionner. Mais d’emblée la mise en scène datée et le manque d’inventivité du scénario poussent la tolérance du spectateur dans ses derniers retranchements. On se dit que l’on va donner sa chance aux produits. Mais c’est comme si de l’autre côté de l’écran quelqu’un ou quelque chose faisait tout ce qu’il pouvait pour casser en 1000 morceaux cette volonté. Si j’étais un homme empile les clichés les uns à la suite des autres et montre très vite ses limites. C’est une chose de vouloir jouer sur les extrêmes pour faire voler en éclats les clichés, mais si l’on n’a pas le talent d’écriture pour cela, la chose se retourne très vite contre soi. C’est le cas ici. Pénible du début à la fin, ce film aurait pu se nommer « ma bite et moi », oui un homme ne pense qu’à baiser, tout ce qui bouge, tout ce qui passe devant lui n’est que de la viande et il répond au quart de tour aux ordres de son sexe. Et pendant un trop long moment, Audrey Dana au travers de son film transforme Si j’étais un homme en une longue traversée du désert de la gêne. Et loin de moi l’intention de ne prendre la chose que sur le plan guerre des sexes et autres détails, je me base sur un plan purement filmique et narratif.

Si j’étais un homme justement dans ces deux domaines particuliers affiche un souci de taille, celui d’être datée. Les Américains abordent toutes les thématiques dans les comédies, les Anglais aussi et ni l’un ni l’autre par exemple n’oublient le détail majeur qui fera passer la pilule : le rythme. C’est ce qui manque cruellement au film d’Audrey Dana. Les blagues s’enchaînent plongeant le spectateur dans l’embarras et bien souvent s’écrasant sur le mur du malaise et rien ne vient ensuite pour faire rebondir l’histoire. Ou au mieux oublier ce qui vient de se passer. Non, on enchaîne des deux pieds sur encore plus de malaise et de portes ouvertes sur le n’importe quoi. Un peu comme si l’on assistait lentement mais sûrement à la lente agonie d’un projet qui échappe complètement des mains de sa réalisatrice. Encore une fois, l’idée de base du film, n’est pas le problème, ni véritablement l’envie de faire réfléchir sur des thématiques autour du rapport de force homme/ femme et les masques que la société nous oblige à porter. Non la vraie plaie de Si j’étais un homme et ce quel que soit le bout par lequel on prendra l’histoire, montre combien cette dernière est mauvaise, assez mal écrite et plombé par un humour consternant pas du tout maîtrisé. Ce qui au final achève le projet assez vite et définitivement le clouant au sol, l’empêchant de se relever et le condamnant à ramper au pied du spectateur pendant 1h 40. Maintenant la question est de savoir si l’envie vous prend d’avoir pendant autant de temps quelqu’un qui va agoniser à côté de vous en s’agrippant à votre jambe dans l’espoir que vous le remarquiez. Si c’est votre délire alors je n’ai rien à dire. Si au contraire vous avez mieux à faire et l’envie de découvrir des bons films, je pense que l’on doit arrêter de se mentir et nommer le film pour ce qu’il est « un accident industriel terriblement génant ». Dommage…

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