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A cure for Life, Gore Verbinski explore l’antre de la Folie…

Lockhart, jeune cadre ambitieux, est lancé sur la trace de son patron disparu dans un mystérieux centre de bien-être en Suisse. Pris au piège de l’Institut et de son énigmatique corps médical, il découvre peu à peu la sinistre nature des soins proposés aux patients. Alors qu’on lui diagnostique le même mal qui habite l’ensemble des pensionnaires, Lockhart n’a plus d’autres choix que de se soumettre à l’étrange traitement délivré par le centre… la Cure.

A cure for Life de Gore Verbinski, ne va pas être un film simple à vendre. Pas qu’il soit mauvais, bien au contraire et même très loin de là. Mais loin des standards actuels de l’horreur ou du fantastique qui ont une facheuse tendance à simplifier tout au profit de Jump scare sans intérêts, Gore Verbinski joue la carte inverse. À cure for Life est une des plus belles et toxiques descentes en enfer que j’ai vu sur écran depuis très longtemps. Loin de n’être qu’un simple réalisateur de films grand spectacle comme les pirates des caraibes par exemple, Gore Verbinski est un touche à tout de génie qui sait passer d’un genre à l’autre et se réinventer à chaque fois. Un peu comme si dans sa tête des dizaines de miroirs déformant de sa personnalité n’attendait que le moment propice pour prendre le contrôle de son nouveau projet. Et dans le cas précis de A cure for Life, on assiste sans le moindre mal à la naissance du plus beau film de la filmographie de Gore Verbinski. Autant sur le fond que la forme, il est difficile de nier que ce nouveau projet est une merveille. Mais là encore, il faudra assumer pour le fond que Gore Verbinski décide d’aller à fond dans son délire, sans se retourner ni demander une quelconque approbation. Cela déstabilise et pourra en laisser quelques-uns sur le bord de la route, mais si l’on décide de ne pas sauter du train en route, le voyage en enfer est un véritable délice.

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Comment définir A cure for Life de Gore Verbinski ? C’est un peu comme si l’on croisait l’esprit de David Fincher avec celui de Dario Argento pour rendre hommage à l’esprit de la Hammer. Mais le tout avec les moyens d’aujourd’hui. Il n’y a pas un plan dans le film, même le plus anodin qui ne soit pas pensé à l’extrême. Tout comme un Kubrick, Fincher ou tant d’autres grands génies maniaques du 7e art, Gore Verbinski fait toujours en sorte que sa mise en scène soit là pour appuyer et magnifier le propos du film. Là où beaucoup travaille la forme avant le fond, lui sait que si l’un est faible rien ne pourra sauver le second. La cohésion qui s’opère sur ses deux niveaux frôle à plus d’une reprise la perfection ? Et une fois que l’on a mis de côté toutes les réserves que l’on peut avoir face au rythme, à la lenteur ou a une certaine approche très old school de l’horreur, il faut bien reconnaître que A cure for Life de Gore Verbinski frôle tout simplement le génie. A une époque où les films d’horreurs décident de ne s’adresser de façon très caricaturales qu’à un public d’ados, Gore Verbinski prend le parti de créer une œuvre qui vise avant tous les cinéphiles, les amateurs de frissons ou d’expérience flirtant avec le WTF intégral. Les influences qu’il mixe pour créer A cure for Life sont légions et le plus surprenant au final est de voir à quel point elles tiennent les unes avec les autres. Mais au-delà de ce point particulier, ce qui est le plus formidable reste de voir à quel point, le cinéma de Gore Verbinski, l’œuvre qu’il tente de créer dans l’univers si particulier d’Hollywood est une des plus fascinantes qui soit.

J’entends par là que loin des grands noms du genre, Gore Verbinski avance malgré tout un peu dans l’ombre. Il a le talent, mais la reconnaissance de son simple nom n’est pas aussi forte que les autres. Et le plus amusant est que de cette apparente faiblesse, il en fait une force, lui permettant sous le radar de créer des œuvres complètement en dehors du formatage classique des studios. A cure for Life de Gore Verbinski est l’une d’elle. Une sorte d’hommage à l’horreur d’antan, d’expérimentation technique hallucinante et quasi invisible au fil des plans. Le cinéma fantastique et d’horreur accouche très souvent de pétard mouillé, mais aussi par moments de vraies créations fortes. C’est le cas ici. Un vrai film d’auteur à tous les niveaux, le genre de ceux qui risquent d’en laisser perplexe plus d’un lors de sa sortie, mais dont la perfection sera reconnue sur la longueur. Définitivement à voir.

 

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